Accord attendu et souhaité (Edition 2011-09)

Dominique Sudan à propos de Swiss/Lyria

Contrairement à ce que la presse dominicale a considéré comme un «scoop», le projet de collaboration entre les TGV Lyria et Swiss International Air Lines n’est pas sorti d’un chapeau de magicien. Les premiers contacts remontent à plusieurs années et avaient été pris par l’ancienne direction de Lyria, en l’occurrence Christian Rossi qui sera dès avril le nouveau chef de l’importante région Léman des CFF. Le développement de l’offre ferroviaire à grande vitesse et le report sur le rail des trajets en avion d’une durée inférieure à deux heures en étaient à l’origine.

Le contrôle toujours plus strict des budgets voyages dans le secteur Corporate ne fait que renforcer l’intérêt du projet Swiss/Lyria. Car c’est bel et bien la clientèle d’affaires que visent en premier lieu les deux entreprises. L’offre en forte augmentation sur les relations ferroviaires vers Paris, l’introduction de nouveaux produits destinés aux voyageurs d’affaires et le confort supérieur qu’offre le rail en reliant le cœur des villes sur des distances finalement courtes, tout parle en faveur de cette future (proche) coopération. 

Certes, plusieurs problèmes techniques devront être résolus avant de concrétiser le projet. Pour être réellement attractive, cette collaboration entre Lyria et les TGV devra d’emblée être  étendue au programme de fidélisation Miles & More. Ce qui implique qu’il s’agira de trajets en partage de codes permettant aux voyageurs d’accumuler des miles selon une échelle à définir. Et, par voie de conséquence, l’actuel accord commercial liant Swiss à Air France entre Genève et Paris serait rapidement caduc.

En accomplissant ce pas, Swiss et Lyria ne feraient finalement qu’adapter entre la Suisse et la France ce que d’autres airlines appliquent depuis belle lurette sur le réseau français à grande vitesse dans le but d’alimenter leurs vols au départ de Paris. Mieux, la collaboration entre Lyria et Swiss ouvrirait rapidement la voie à un développement souhaité par tous: la reconnaissance par les CFF d’un billet Swiss comme titre de transport pour l’acheminement vers les aéroports du pays. 

A l’époque pas si lointaine où les horaires aériens mentionnaient les liaisons ferroviaires des CFF vers Berne, Genève ou Zurich, un problème technique avait empêché d’aller plus loin dans cette collaboration. Le défunt Railticketing souffrait de maladies d’enfance dont il ne s’est d’ailleurs jamais remis, et de puissants freins politiques actionnés par la mentalité des états-majors de l’ancienne régie ferroviaire, plus soucieux de préservation de monopole que de rentabilité, avaient interdit d’aller plus loin. Cette époque est révolue.