Cessons de Tirer sur l’Ambulance (Edition 2012-02)

Cédric Diserens à propos de l’ETS et de 2012

L’environnement est un sujet brûlant. La planète ne va pas bien et il faut faire au mieux pour diminuer l’impact de notre mode de vie, avant que l’on s’étouffe et que notre consommation outrancière ne brise les derniers remparts du joyau que représente la planète. L’extension de l’Emission Trading System (ETS) aux compagnies aériennes intervient peut-être tardivement, cela reste pour autant une étape nécessaire, pour ne pas dire indispensable.

Là où le bât blesse, c’est qu’il est question d’argent dans un domaine déjà en proie à bien des difficultés. Le secteur de l’aérien lutte pour sa survie et cherche à créer autant de sources de revenu que possible. Hors de question dès lors d’absorber un coût supplémentaire imposé par l’Union européenne. Qu’à cela ne tienne, le prix des billets va être rehaussé. En soi, rien de dramatique, ni même de surprenant. C’est à celui qui opte pour l’avion d’en assumer le coût.

Si certaines compagnies aériennes ont parfaitement intégré ce principe, non sans rechigner, les compagnies extra-européennes ne l’entendent pas de cette oreille. Ainsi une partie des compagnies nord-américaines se sont-elles braquées dans un premier temps, brandissant la menace d’un boycott. Pas vraiment réaliste, serait-on tenté de dire! Puis les compagnies chinoises mentionnent même que si rien ne change, il faudra «prendre des mesures», avec tout ce que cette expression peut signifier.

Mais ce qui ressort de cet épisode, qui ne devrait pas s’éterniser outre mesure, c’est que le secteur des voyages doit compter avec un autre obstacle potentiel. Il n’y a pas très longtemps, les Etats-Unis ont menacé la Suisse de réintroduire le visa pour ses ressortissants, si certaines données policières n’étaient pas transmises aux autorités américaines. A présent, ce sont les acteurs aériens de Chine, mais également des Etats-Unis qui comptent se «battre» contre une décision de l’Europe.

Ne serait-il pas temps de réaliser que tous jouent sur un même terrain? A termes, si les voyageurs doivent se retrouver entre les guerres tarifaires, les querelles commerciales et les conflits géopolitiques, on risque fort de dégoûter les gens et de les détourner de toute envie de voyager. Alors bien entendu, l’Histoire a montré que la politique et l’industrie des voyages faisaient rarement bon ménage, mais pourquoi chercher impérativement à prendre en otage le consommateur?

Plutôt que de lever les boucliers et de brandir sans cesse la menace de tracasseries supplémentaires, il vaudrait mieux de cesser de tirer sur l’ambulance et de venir avec des propositions constructives et concrètes.