Croissance des apprentis en Suisse romande (Edition 2014-35)

La relève semble assurée, mais quelle garantie sur le long terme?

C’est une bonne nouvelle pour la branche des voyages en Suisse romande: le nombre d’apprentis affiche une jolie croissance depuis ces trois dernières années. Mis en regard de la consolidation qui a touché le paysage des agences et des voyagistes, la tendance est plutôt réjouissante. Toutefois, une inquiétude se fait sentir outre-Sarine, non pour la relève, mais pour la pérennité de la branche: après quelques années, les «jeunes générations» quittent le navire pour naviguer sur d’autres eaux. Dès lors, les personnes expérimentées viennent à manquer dans les échelons supérieurs.

Il ne s’agit pas d’un secret: l’argent est un puissant moteur. Et parfois, certains renoncent à une passion pour un meilleur confort de vie. Le travail en agence n’est pas des plus faciles. On connaît tous la rengaine: de l’extérieur, le travail dans les voyages est merveilleux, on est sans cesse en train de découvrir de nouveaux horizons. Mais derrière le bureau, il faut constamment trouver un équilibre entre la pression des divers partenaires et clients, tout en composant avec la météo et les caprices du transport, qu’il soit routier, aérien, maritime ou ferroviaire.

En outre, les «avantages» qui étaient liés à la profession se sont aujourd’hui réduits comme peau de chagrin. Dès lors, comment blâmer celles et ceux qui optent pour d’autres domaines d’activité plus lucratifs en termes de salaires et moins contraignants en termes de charge de travail et d’horaires? Pour autant, il ne faut pas obligatoirement en déduire qu’une revalorisation des salaires suffirait à arranger les choses et conduirait nécessairement à stopper l’hémorragie. Tous ne fuient pas la branche après quelques années.

Si la Suisse romande semble plus épargnée que la Suisse alémanique, il serait bon d’agir avant d’avoir à réagir. Il est important de motiver les troupes et d’impliquer la relève pour qu’elle ait une raison de rester dans la branche. Il ne faut pas oublier que les employés d’aujourd’hui sont aussi les éventuels cadres de demain. Avoir à chercher des personnes hors de la branche des voyages risque de créer une fracture entre les échelons supérieurs et ce qu’on appelle volontiers la base. C’est un fait: sans base solide, impossible de construire en hauteur.

Cédric Diserens