De l’importance des mots et de leur bon usage (Edition 2013-37)

Tarifs d’Easyjet chez Hotelplan

Durant plusieurs années, le marketing a été capital pour la survie des entreprises et prestataires de service. Mais dans le monde du XXIe siècle, la communication a fini par le surpasser. Preuve en est le recours de plus en plus massif à des spécialistes de la communication, alors que les budgets dévolus à la publicité dans les médias ne cessent de fondre comme neige au soleil.

Cependant, la communication n’est pas une pratique anodine, et dans un monde idéal, il faudrait prendre toutes les précautions nécessaires pour dissocier la publicité de l’information. Si l’on n’y prend pas garde, on peut vite déraper. C’est un exercice d’autant plus risqué lorsque l’on se trouve dans un marché polyglotte comme celui de la Suisse. L’un des exemples les plus récents est celui d’Hotelplan et des tarifs «Inclusive» lancés par Easyjet. Peu après l’annonce du transporteur Low Cost, le voyagiste annonçait la distribution «exclusive» de ces tarifs via les systèmes Hit, Cets et Tour Online.

Mais voilà: il ne s’agit pas d’une véritable exclusivité. Le principe de l’analyse de texte préconise toujours un passage par le dictionnaire dans le but de se souvenir du sens admis pour les mots. Ainsi, l’exclusivité est elle «qualité de ce qui est exclusif, sans partage». Ce n’est clairement pas le cas ici, puisque ces tarifs sont accessibles à tous les utilisateurs des GDS sur lesquels Easyjet est également présent. Pour Hotelplan, l’exclusivité découle du fait que le voyagiste est actuellement seul à les proposer via les canaux Hit, Cets et Tour Online. On en vient véritablement ici à jouer sur les mots.

Cet épisode reste cependant symptomatique d’un galvaudage de la langue avec des mots comme «authentique» ou «exclusif» qui aujourd’hui n’ont plus du tout de sens. C’est d’autant plus flagrant que leur usage est très rarement fait dans une volonté de tromperie. Et d’ailleurs, le problème ne date pas d’hier. Combien de fois les voyagistes romands se sont-ils disputé la «paternité» d’un charter partagé, mais que chacun prétendait avoir affrété? Ou de proposer «en exclusivité» tel ou tel établissement hôtelier?

Cédric Diserens