Easyjet passe à 116 destinations (Edition 2014-29)

Modèle souvent copié mais jamais égalé

Il y a quinze ans, lorsque la nouvelle Easyjet Switzerland prenait son envol entre Ge-nève et Luton, les pontes zurichois de l’aviation civile parlaient de «Sonderfall» romand. A Genève, la direction de British Airways alertait le siège de Londres en proposant de «matcher» le transporteur Low Cost sur les liaisons de la mi-journée vers Heathrow et Gatwick. Là encore, la réponse fut lapidaire: no go.

Née sur les cendres de TEA Switzerland, Easyjet (Switzerland) dispose aujourd’hui de vingt-deux appareils basés à Genève et Bâle, dessert actuellement 116 destinations depuis la Suisse et vient de franchir en une année le cap des 10 millions de passagers dans notre pays. Pour un «Sonderfall», c’est assez remarquable.

Le plus grand génie marketing d’Easyjet c’est d’avoir rapidement persuadé le chaland qu’elle est la meilleur marché partout, ce qui n’est absolument pas le cas. Son essor continu a aussi contraint toutes les compagnies aériennes régulières à revoir leur modèle commercial en devenant Low Fares (et non Low Cost) sur les axes desservis par Easyjet. Ces routes sont nombreuses et, contrairement à une Ryanair, conduisent toutes aux aéroports principaux et non aux plates-formes secondaires très éloignées des villes desservies. L’avènement d’Easyjet est aussi à l’origine de la mutation que l’on observe depuis quelques années dans la programmation charter des TOs: au départ de Genève, les grands TOs ont fortement réduit la voilure sur le bassin méditerranéen. Enfin, ce «Sonderfall» a aussi séduit le segment Business Travel soumis à de fortes restrictions en termes de budget voyage.

Souvent copié mais jamais égalé, le Business plan est fort simple: réduire les coûts de fonctionnement au strict minimum – le siège d’Easyjet est dans un hangar et la CEO n’occupe que quelques mètres carrés de bureau –, être rentable sur le point à point avec des prix bas et multiplier les destinations qui nécessitaient jadis un transit.

Tétanisées par l’essor d’Easyjet et la redoutable concurrence venue du Golfe Persique, les airlines d’Europe ont toutes testé des modèles tarifaires orientés sur le oneway mais, malgré leurs efforts séduisants, elles sont toutes confrontées à la même situation: leur structure de coûts n’est pas Low Cost. 

Dominique Sudan