Easyjet, première compagnie de vacances? (Edition 2011-37)

Dominique Sudan à propos de l’érosion charter à Genève

Le phénomène n’est pas nouveau et s’amplifie d’année en année: Genève Aéroport fait face à une forte érosion du trafic charter Outgoing et Incoming. En 2010, ce segment représentait 362 167 passagers, chiffre en recul de 23,22% par rapport à l’exercice précédent. Et après huit mois, la baisse officielle se monte à 14% cette année.

Les troubles politiques qu’ont connus la Tunisie et l’Egypte n’ont, certes, pas été sans influencer l’évolution du trafic à Genève. Mais là également, il convient de nuancer: l’Outgoing ne représente que 36% du volume charter annuel de l’aéroport. Les annulations de rotations programmées initialement sur les stations tunisiennes ne sont donc pas les seules causes du fléchissement observé depuis plusieurs années. Au contraire, c’est la structure du marché et l’évolution du transport aérien en Europe qui en sont à l’origine.

Les TOs prennent toujours moins de risques en matière d’affrètement, morosité économique oblige. Ce constat est valable pour les traditionnels affréteurs anglais et scandinaves qui alimentaient jadis les stations des Alpes en skieurs nordiques. Dans de nombreux cas, des transporteurs Low Cost ont pris le relais. Dans le segment charter Outgoing, l’heure du Low Cost a aussi sonné. 

A l’étroit sur des axes continentaux classiques, Easyjet a développé en deux ans un dense réseau de destinations de vacances entre la Méditerranée, la mer Rouge, Marrakech et les Canaries. On en veut pour preuve le fait que la seule Heraklion affichait une hausse de trafic de près de 200% l’année dernière alors que le trafic charter global baissait de près d’un quart.

Un autre phénomène influence directement ce secteur: les charters purs et durs du passé sont devenus des opérations de ligne. Là, un gros «effet Edelweiss» se fait sentir à Genève. Depuis qu’elle est devenue une filiale de Swiss, respectivement du groupe Lufthansa, la compagnie de 

vacances autrefois affiliée à Kuoni se profile comme un transporteur régulier ouvrant une partie de sa capacité aux TOs osant encore prendre le risque des contingents. Le reste est vendu en sièges seuls, via les GDS.

Cette évolution genevoise ne constitue pas un cas isolé. Les TOs, en tout cas en Suisse, ont renoncé à l’intégration verticale car le potentiel est trop limité. De plus, ils ont compris la leçon: un événement exogène suffit à condamner une programmation charter dans son entier (voir l’exemple de la Tunisie). Et l’heure n’est pas vraiment à la prise de risques financiers… A ce rythme, Easyjet sera-t-elle bientôt la première compagnie de vacances à Genève?