Effondrement de Transhotel (Edition 2014-43)

La bulle numérique fait toujours plus de victimes

La révolution d’Internet a apporté bien des avantages, relayant au placard les soucis de volumes en papier à consulter, les problèmes de téléphone à l’autre bout du monde et bien d’autres tracasseries encore. Elle a également permis à de nombreux acteurs d’envisager une ouverture sur le monde. C’est le cas notamment des centrales de réservations hôtelières qui ont fleuri sur la toile, aux côtés des comparateurs de tarifs ou des agences de voyages en ligne. Mais à force de fleurir, le bouquet est devenu bosquet et le joli jardin s’est transformé en jungle.

La Fontaine parlait de la grenouille qui se voulait aussi grosse que le bœuf; la métaphore ne saurait être plus actuelle avec ce que l’on nomme la «bulle numérique». Car si Internet a ouvert de nombreuses fenêtres sur le monde, ce dernier n’a pas pour autant connu une croissance aussi rapide. Dans le cas de l’hôtellerie, c’est d’autant plus vrai qu’en dépit des centaines de milliers d’établissements recensés, le paysage hôtelier n’est pas non plus en croissance exponentielle. Certes il reste encore de la place dans diverses régions, mais pour beaucoup de marchés, l’offre est déjà bien saturée.

Le groupe Transhotel fait donc les frais de cette explosion. Cet exemple est d’autant plus triste qu’il ne s’agissait pas d’un obscure «player» dont personne n’avait entendu parler et qui n’était que rarement utilisé. Dans son segment, Transhotel occupait la seconde place sur le marché suisse et la troisième au niveau mondial. Le déroulement des événements montre également à quel point le modèle est fragile. Dès l’annonce des difficultés, certains hôteliers n’ont pas hésité à annuler les réservations. Il faut dire que les relations avec les centrales de réservation ne sont pas toujours des plus chaleureuses.

Il ne fait aucun doute que d’autres sauront profiter ou bénéficier de la sortie d’un concurrent. En revanche, il serait peut-être judicieux de s’interroger sur la viabilité du modèle. Les centrales sont des intermédiaires et leurs services ne diffèrent que très peu. Dès lors, comment être à la fois concurrentiel et viable? C’est une question à laquelle bon nombres d’acteurs numériques devront être en mesure d’apporter tôt ou tard une réponse.

Cédric Diserens