Et si la cigale se faisait fourmi? (Edition 2009-29)

Cédric Diserens à propos de Kuoni

Bob Dylan l’a déjà chanté: «For the times they are a-changin’». Les
temps changent et les gens également. Avec cet appel à la solidarité
lancé parmi ses cadres, Kuoni fait
montre d’un visage d’unité. D’une entreprise qui a pu alors être perçue
comme arrogante, on passe à une volonté d’équipe. D’une vision à très
court terme, on passe à une vision plus lointaine. D’une réaction
spontanée et trop courante aujourd’hui d’une vidange pure et simple
dans le personnel, on passe à des mesures dites préventives.

Alors bien entendu, il est impossible de distinguer le décorum de la
consistance et ainsi, juger de la sincérité de la démarche. Mais il ne
faut pas jouer les oiseaux de mauvais augure et reconnaître que le
geste, même fortement symbolique, est appréciable. Pour reprendre les
mots
de Serge Bacher, directeur de Kuoni Suisse romande: «Il est important
de conserver les gens et le savoir-faire pour le moment où la reprise
arrivera.»

Ensuite, cette décision permet à Kuoni Suisse d’éviter des mesures
relativement impopulaires comme les congés non payés ou le temps
partiel. Et si l’on replace cette annonce dans la chronologie des
événements de ces derniers mois, elle donne l’impression de faire la
nique à son adversaire, M-Travel Switzerland pour ne pas le nommer, en
montrant qu’il est possible de faire autrement.

Pourtant, personne ne sait réellement, en dehors des intéressés, à quel
point la situation est grave. Entre battage médiatique (la crise à
toutes les sauces) et battage marketing (jusqu’ici tout va bien),
difficile d’avoir la vraie mesure du problème. Et Kuoni n’est de loin
pas le seul acteur des voyages à traverser la tourmente. British
Airways est un exemple marquant.

Pris à partie par «Sir» Richard Branson, le grand manitou de Virgin,
Willie Walsh, CEO de British Airways (BA), s’est vu accusé de cacher
une situation catastrophique derrière des mesures pratiquement
qualifiées de dernier recours. En renonçant à titre d’exemple à un mois
de salaire et en demandant à son personnel d’en faire de même, le
capitaine de BA chercherait à sauver un moribond?

British Airways n’a pas hésité à rétorquer en affirmant que la manœuvre
du big boss de Virgin ne visait qu’à faire baisser le cours des actions
de BA en affolant les actionnaires. Et le service de presse de la
compagnie britannique d’ajouter à son tour que Virgin Atlantique ne
devait certainement pas afficher une santé reluisante au vu de la
période de troubles qu’il fallait traverser.

Alors qui peut dire si la mesure de Kuoni est une mesure désespérée
qu’une apparente tranquillité cherche à cacher? Et pourquoi ne
pourrait-on pas simplement accepter aujourd’hui qu’une entreprise
solide décide de prendre des mesures préventives, certes importantes,
mais néanmoins pondérées, plutôt que d’attendre qu’il soit trop tard?
Qu’un acteur décide d’agir plutôt que de réagir?

En fin de compte, qui peut dire ce que l’avenir nous réserve… Et il
ne faut surtout pas perdre de vue qu’aujourd’hui plus que jamais, dans
le secteur des voyages, il faut prendre les jours comme ils viennent.
L’adage veut qu’hier soit le passé; demain soit un mystère; mais
qu’aujourd’hui soit un cadeau. C’est d’ailleurs pour cela qu’on
l’appelle «présent».