Bob Dylan la déjà chanté: «For the times they are a-changin». Les
temps changent et les gens également. Avec cet appel à la solidarité
lancé parmi ses cadres, Kuoni fait
montre dun visage dunité. Dune entreprise qui a pu alors être perçue
comme arrogante, on passe à une volonté déquipe. Dune vision à très
court terme, on passe à une vision plus lointaine. Dune réaction
spontanée et trop courante aujourdhui dune vidange pure et simple
dans le personnel, on passe à des mesures dites préventives.
Alors bien entendu, il est impossible de distinguer le décorum de la
consistance et ainsi, juger de la sincérité de la démarche. Mais il ne
faut pas jouer les oiseaux de mauvais augure et reconnaître que le
geste, même fortement symbolique, est appréciable. Pour reprendre les
mots
de Serge Bacher, directeur de Kuoni Suisse romande: «Il est important
de conserver les gens et le savoir-faire pour le moment où la reprise
arrivera.»
Ensuite, cette décision permet à Kuoni Suisse déviter des mesures
relativement impopulaires comme les congés non payés ou le temps
partiel. Et si lon replace cette annonce dans la chronologie des
événements de ces derniers mois, elle donne limpression de faire la
nique à son adversaire, M-Travel Switzerland pour ne pas le nommer, en
montrant quil est possible de faire autrement.
Pourtant, personne ne sait réellement, en dehors des intéressés, à quel
point la situation est grave. Entre battage médiatique (la crise à
toutes les sauces) et battage marketing (jusquici tout va bien),
difficile davoir la vraie mesure du problème. Et Kuoni nest de loin
pas le seul acteur des voyages à traverser la tourmente. British
Airways est un exemple marquant.
Pris à partie par «Sir» Richard Branson, le grand manitou de Virgin,
Willie Walsh, CEO de British Airways (BA), sest vu accusé de cacher
une situation catastrophique derrière des mesures pratiquement
qualifiées de dernier recours. En renonçant à titre dexemple à un mois
de salaire et en demandant à son personnel den faire de même, le
capitaine de BA chercherait à sauver un moribond?
British Airways na pas hésité à rétorquer en affirmant que la manuvre
du big boss de Virgin ne visait quà faire baisser le cours des actions
de BA en affolant les actionnaires. Et le service de presse de la
compagnie britannique dajouter à son tour que Virgin Atlantique ne
devait certainement pas afficher une santé reluisante au vu de la
période de troubles quil fallait traverser.
Alors qui peut dire si la mesure de Kuoni est une mesure désespérée
quune apparente tranquillité cherche à cacher? Et pourquoi ne
pourrait-on pas simplement accepter aujourdhui quune entreprise
solide décide de prendre des mesures préventives, certes importantes,
mais néanmoins pondérées, plutôt que dattendre quil soit trop tard?
Quun acteur décide dagir plutôt que de réagir?
En fin de compte, qui peut dire ce que lavenir nous réserve… Et il
ne faut surtout pas perdre de vue quaujourdhui plus que jamais, dans
le secteur des voyages, il faut prendre les jours comme ils viennent.
Ladage veut quhier soit le passé; demain soit un mystère; mais
quaujourdhui soit un cadeau. Cest dailleurs pour cela quon
lappelle «présent».

