Etihad Regional dans le viseur de tous (Edition 2014-27)

L’establishment ne croit pas en la neutralité de Darwin

Depuis l’entrée de la grande Etihad Airways dans le capital-actions de la petite Darwin Airline, pas une semaine ne passe sans que la nouvelle Etihad Regional (Operated by Darwin Airline) ne soit dans le viseur des instances officielles ou de compagnies aériennes concurrentes. Cette participation de 33,3% décidée à la fin de l’an dernier n’en finit pas de faire jaser. Même minoritaire, Etihad Airways tirerait toutes les ficelles d’Etihad Regional, qui est pourtant une marque sous licence exploitée par Darwin Airline.

Dans un premier temps, l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) a mené une enquête approfondie mais tout à fait normale puisque la prise de participation est le fait d’un transporteur aérien hors Union européenne. Il convenait alors de définir la nationalité d’Etihad Regional et d’étudier ses statuts, ses contrats et ses activités commerciales. Ensuite, l’OFAC a momentanément bloqué la mise en place des codeshares sur les vols européens opérés par Etihad Regional. Aujourd’hui, ces codeshares restent bloqués pour le volet long-courrier entre la Suisse (Genève et Zurich) et Abu Dhabi. Enfin, la puissante presse dominicale alémanique, toujours fort bien renseignée et alimentée par des cercles très proches, mettait le doigt sur une erreur tarifaire et obligeait le Secréta-riat d’Etat à l’économie (Seco) de s’assurer qu’Etihad Regional respectait l’Ordonnance sur l’indication des prix (OIP). A ce jour, le Tessin n’a pas bronché, Darwin ayant corrigé l’erreur. Dans tous les cas, la pression vient de toute part, y compris des airlines concurrentes.

Au niveau opérationnel, il ne fallait pas être grand clerc pour anticiper la fin de l’accord de wetlease conclu il y a près de neuf ans par Swiss et Darwin pour l’axe Zurich-Lugano. Ce sera chose faite dès l’horaire d’hiver, avec la reprise des opérations par Tyrolean Airways, pour le compte de Swiss. Autant de blocages et de changement de stratégies qui prouvent qu’Etihad Regional et sa grande sœur font peur. On en veut pour preuve le fait que Swiss, qui prétendait l’an dernier que la structure du marché au départ de Zurich ne permettait pas d’y étendre le même modèle tarifaire qu’à Genève, a revu sa copie il y a quelques jours. Si l’establishment ne croit ni en la neutralité de Darwin ni en celle d’Etihad, il doit se rendre à l’évidence: la compagnie d’Abu Dhabi qui vient de sauver Alitalia de la banqueroute dicte la consolidation du marché aérien. Et ce n’est pas fini.

Dominique Sudan