Depuis lentrée de la grande Etihad Airways dans le capital-actions de la petite Darwin Airline, pas une semaine ne passe sans que la nouvelle Etihad Regional (Operated by Darwin Airline) ne soit dans le viseur des instances officielles ou de compagnies aériennes concurrentes. Cette participation de 33,3% décidée à la fin de lan dernier nen finit pas de faire jaser. Même minoritaire, Etihad Airways tirerait toutes les ficelles dEtihad Regional, qui est pourtant une marque sous licence exploitée par Darwin Airline.
Dans un premier temps, lOffice fédéral de laviation civile (OFAC) a mené une enquête approfondie mais tout à fait normale puisque la prise de participation est le fait dun transporteur aérien hors Union européenne. Il convenait alors de définir la nationalité dEtihad Regional et détudier ses statuts, ses contrats et ses activités commerciales. Ensuite, lOFAC a momentanément bloqué la mise en place des codeshares sur les vols européens opérés par Etihad Regional. Aujourdhui, ces codeshares restent bloqués pour le volet long-courrier entre la Suisse (Genève et Zurich) et Abu Dhabi. Enfin, la puissante presse dominicale alémanique, toujours fort bien renseignée et alimentée par des cercles très proches, mettait le doigt sur une erreur tarifaire et obligeait le Secréta-riat dEtat à léconomie (Seco) de sassurer quEtihad Regional respectait lOrdonnance sur lindication des prix (OIP). A ce jour, le Tessin na pas bronché, Darwin ayant corrigé lerreur. Dans tous les cas, la pression vient de toute part, y compris des airlines concurrentes.
Au niveau opérationnel, il ne fallait pas être grand clerc pour anticiper la fin de laccord de wetlease conclu il y a près de neuf ans par Swiss et Darwin pour laxe Zurich-Lugano. Ce sera chose faite dès lhoraire dhiver, avec la reprise des opérations par Tyrolean Airways, pour le compte de Swiss. Autant de blocages et de changement de stratégies qui prouvent quEtihad Regional et sa grande sur font peur. On en veut pour preuve le fait que Swiss, qui prétendait lan dernier que la structure du marché au départ de Zurich ne permettait pas dy étendre le même modèle tarifaire quà Genève, a revu sa copie il y a quelques jours. Si lestablishment ne croit ni en la neutralité de Darwin ni en celle dEtihad, il doit se rendre à lévidence: la compagnie dAbu Dhabi qui vient de sauver Alitalia de la banqueroute dicte la consolidation du marché aérien. Et ce nest pas fini.
Dominique Sudan

