Etre monoproduit est une approche risquée (Edition 2013-02)

Disparition d’Univair

Après vingt-deux ans, Univair Voyages a été contraint de mettre un terme à ses activités, première étape avant d’être formellement déclaré en faillite. Dans les belles années, le TO genevois était pourtant actif sur plusieurs fronts autres que la seule Tunisie. Mais au fil des ans, la production s’est réduite comme peau de chagrin, à l’image des effectifs de l’entreprise victime il y a deux ans de dissensions internes entre actionnaires de la société BJL.

Ce fiasco illustre parfaitement le risque immense encouru aujourd’hui par une PME mettant presque tous ses œufs dans le même panier : la Tunisie, en panne sèche en 2011 et en convalescence aujourd’hui, représentait entre 70 et 80 % du volume annuel du TO. Un taux qui frise le monoproduit. Pour relancer la machine tunisienne l’année passée, Univair n’avait pas les reins assez solides face, par exemple, à un Hotelplan qui multipliait à perte les offres bon marché via ses marques de vente directe. En proie d’un côté à d’évidents problèmes d’actionnariat, Univair a aussi attendu en vain que les belles promesses de partenaires potentiels lui permettent de sortir la tête de l’eau. Ces hypothétiques investisseurs, au contraire, ont définitivement coulé la société.

Un arrêt brutal qui autorise aussi un retour en arrière. Dans les années fastes et jusqu’à l’horizon 2000, nombreuses étaient encore les PME capables de se faire une place au soleil dans le moyen comme dans le long-courrier, sans être écrasées par les généralistes. Cette époque est révolue. Les seules à avoir survécu aux multiples secousses telluriques qui ont frappé la branche sont celles qui ont diversifié globalement leur offre sans avoir à perdre de l’énergie dans des conflits internes, et celles qui ont évité le risque immense lié à la saisonnalité. Celles qui se heurtent aux grands sur les autoroutes balnéaires toujours plus low cost n’ont aujourd’hui plus guère de chance de salut. Pour survivre, une entreprise, quelle qu’elle soit, doit également générer un volume décent sur douze mois et non sur un peu plus de six. Là également, la Tunisie n’a jamais permis de le faire. Le cas d’Univair doit faire réfléchir les nombreux TOs romands ne misant encore que sur un seul cheval en termes de programmation. Du jour au lendemain, tout peut basculer.

Dominique Sudan