Genève semble bétonnée (Edition 2009-04)

Dominique Sudan à propos d’Air Mauritius

En fin d’année dernière Air Mauritius annonçait la fin des opérations
sur Zurich et la concentration de ses activités suisses à Genève, son
escale historique dans le pays. Une décision purement commerciale qui
décevait l’ensemble des TOs alémaniques mais qui s’expliquait aisément:
certaines semaines, le vol Air Mauritius quittait Zurich avec une
faible cinquantaine de passagers alors que celui de Genève faisait
presque le plein.

Aujourd’hui, la situation a rapidement évolué et dans le mauvais sens.
Des approximations en termes de «hedging» ont fait basculer la
compagnie dans les chiffres rouges. La direction d’Air Mauritius porte
la responsabilité de faux calcul qui, ajouté aux fluctuations du prix
du kérosène
et à la baisse de la demande, aurait pu être fatal. Un exemple de plus
de l’impéritie de certains dirigeants parachutés politiquement à la
tête d’une entreprise commerciale, comme c’est malheureusement le cas à
chaque changement de gouvernement mauricien. Au plan opérationnel,
Genève est donc maintenue. Mieux, sa desserte semble bétonnée en raison
de la bonne santé de l’axe Genève-Maurice alimenté aussi par une
colonie mauricienne relativement importante en Suisse romande et en
France voisine. Certes, changements de routing il y aura, notamment en
mars et mai, mais l’AIG conserve sa place dans le réseau d’Air
Mauritius.

Ce qui ne saurait empêcher Air Mauritius de demeurer prudente. La
coopération a été renforcée avec Air France et l’harmonisation avec
Paris existe déjà depuis octobre dernier. De plus, Air Mauritius Suisse
ne cache pas que les ventes via Paris devraient être poussées à
l’avenir. D’où
le danger possible de voir un coefficient de chargement baisser
dangereusement et inciter la direction générale de Port Louis de
prendre les mesures qui s’imposent en réservant à Genève le même sort
qu’à Zurich. La menace est réelle puisque la plus grande rigueur sera
exigée à toutes les stations, Genève comprise.

L’erreur à ne pas commettre serait de dynamiser d’abord ses propres
ventes avant d’améliorer le taux de remplissage de la quinzaine de
liaisons opérées au départ de Paris. Car, malgré les changements de mai
et mars, la grande force d’Air Mauritius Suisse a toujours été
d’assurer des liaisons sans escale et très long-courriers. Les TOs et
les agences de voyages suisses devraient d’abord jouer le jeu de la
compagnie mauricienne afin que le statu quo soit maintenu malgré les
difficultés financières dont il est à souhaiter qu’elles seront
provisoires. Car le client suisse sur l’île Maurice a toujours été
sensible à cet argument de vente: il ne cherche pas à faire du shopping
dans le Golfe Persique ni à transiter par Paris ou Londres. Il
affectionne le produit direct que lui propose encore le transporteur
mauricien.