Gros danger de surcapacité à Genève (Edition 2011-13)

Dominique Sudan à propos de l’offre vers le Golfe Persique

Coup sur coup, deux nouvelles compagnies aériennes ont annoncé récemment leur prochain déploiement à Genève et une troisième annonce son arrivée à Zurich cette année encore. Rien qu’à Genève, les trois «majors» du Golfe Persique seront prochainement en concurrence quotidienne directe, à savoir Emirates qui a mis sur pied un impressionnant show cette semaine pour confirmer sa venue le 1er juin, Etihad et Qatar Airways. Si elle joue dans un registre régional et non mondial, Gulf Air est également de la partie avec trois vols hebdomadaires inaugurés il y a deux jours. Et, au sens large du terme, il convient d’y ajouter Kuwait Airways, Middle East Airlines de même que Saudi Arabian, ces deux dernières s’appuyant sur un dense réseau régional que l’alliance Skyteam créée autour d’Air France-KLM dopera dès 2012. 

Fatalement, les trois principaux transporteurs s’appuyant sur un réseau global entreront en concurrence directe sur de multiples destinations internationales desservies au départ de leur hub respectif. La concurrence est déjà vive entre Etihad et Qatar Airways, elle se transformera en guerre tarifaire fratricide lorsqu’Emirates se posera chaque jour à Genève. Sur son propre marché, même Swiss International Air Lines admet qu’une telle offre ne correspond nullement à la demande réelle du marché local, sauf peut-être en été. Sans accord commercial ou de codeshare permettant d’améliorer le coefficient de remplissage par des vols d’apport sur Genève, les trois compagnies du Golfe seraient contraintes à un dumping dangereux.  

Dans le contexte politique actuel marqué par la crise libyenne et les troubles politiques faisant tache d’huile dans de nombreux pays arabes, le pari est extrêmement audacieux. D’autant que la courte période des traditionnelles Fêtes de Genève ne suffira à rentabiliser un tel déploiement de forces, se traduisant par vingt-et-une liaisons par semaine à destination d’Abu Dhabi, Doha et Dubaï.  

Mais attention. Les airlines du Golfe savent aussi anticiper et tiennent compte du processus de basculement géostratégique des grands hubs intercontinentaux sur la Péninsule arabique. Car les plates-formes européennes sont saturées, ce que refusent souvent d’admettre les trois plus grands groupes aériens du continent. C’est la raison pour laquelle elles se positionnent aussi sur des aéroports de deuxième catégorie dont Genève fait partie. Là, aussi bien Emirates, Etihad que Qatar Airways savent pertinemment qu’elles ont des atouts de première force à faire valoir pour tout le trafic vers l’Asie, l’océan Indien et l’Australie/Nouvelle-Zélande, en tout cas dans le segment Leisure.

Et dans le domaine Corporate, la mayonnaise pourrait aussi prendre: les voyageurs d’affaires qui, jusqu’ici, choisissaient un autre transporteur aérien que Swiss au départ de Genève, étaient de toute manière contraints de transiter ailleurs en Europe pour toute destination long-courrier vers l’Est. En choisissant un transit dans le Golfe, ils opteraient pour un axe géographique «naturel», contrairement aux vols d’apports vers Paris, Londres, Amsterdam ou Francfort qui, tous, allongent la durée du voyage. Même si un important danger de surcapacité menace à court terme à Genève, la donne pourrait être radicalement modifiée à moyen terme. Surtout pour les autres airlines européennes.