Coup sur coup, deux nouvelles compagnies aériennes ont annoncé récemment leur prochain déploiement à Genève et une troisième annonce son arrivée à Zurich cette année encore. Rien quà Genève, les trois «majors» du Golfe Persique seront prochainement en concurrence quotidienne directe, à savoir Emirates qui a mis sur pied un impressionnant show cette semaine pour confirmer sa venue le 1er juin, Etihad et Qatar Airways. Si elle joue dans un registre régional et non mondial, Gulf Air est également de la partie avec trois vols hebdomadaires inaugurés il y a deux jours. Et, au sens large du terme, il convient dy ajouter Kuwait Airways, Middle East Airlines de même que Saudi Arabian, ces deux dernières sappuyant sur un dense réseau régional que lalliance Skyteam créée autour dAir France-KLM dopera dès 2012.
Fatalement, les trois principaux transporteurs sappuyant sur un réseau global entreront en concurrence directe sur de multiples destinations internationales desservies au départ de leur hub respectif. La concurrence est déjà vive entre Etihad et Qatar Airways, elle se transformera en guerre tarifaire fratricide lorsquEmirates se posera chaque jour à Genève. Sur son propre marché, même Swiss International Air Lines admet quune telle offre ne correspond nullement à la demande réelle du marché local, sauf peut-être en été. Sans accord commercial ou de codeshare permettant daméliorer le coefficient de remplissage par des vols dapport sur Genève, les trois compagnies du Golfe seraient contraintes à un dumping dangereux.
Dans le contexte politique actuel marqué par la crise libyenne et les troubles politiques faisant tache dhuile dans de nombreux pays arabes, le pari est extrêmement audacieux. Dautant que la courte période des traditionnelles Fêtes de Genève ne suffira à rentabiliser un tel déploiement de forces, se traduisant par vingt-et-une liaisons par semaine à destination dAbu Dhabi, Doha et Dubaï.
Mais attention. Les airlines du Golfe savent aussi anticiper et tiennent compte du processus de basculement géostratégique des grands hubs intercontinentaux sur la Péninsule arabique. Car les plates-formes européennes sont saturées, ce que refusent souvent dadmettre les trois plus grands groupes aériens du continent. Cest la raison pour laquelle elles se positionnent aussi sur des aéroports de deuxième catégorie dont Genève fait partie. Là, aussi bien Emirates, Etihad que Qatar Airways savent pertinemment quelles ont des atouts de première force à faire valoir pour tout le trafic vers lAsie, locéan Indien et lAustralie/Nouvelle-Zélande, en tout cas dans le segment Leisure.
Et dans le domaine Corporate, la mayonnaise pourrait aussi prendre: les voyageurs daffaires qui, jusquici, choisissaient un autre transporteur aérien que Swiss au départ de Genève, étaient de toute manière contraints de transiter ailleurs en Europe pour toute destination long-courrier vers lEst. En choisissant un transit dans le Golfe, ils opteraient pour un axe géographique «naturel», contrairement aux vols dapports vers Paris, Londres, Amsterdam ou Francfort qui, tous, allongent la durée du voyage. Même si un important danger de surcapacité menace à court terme à Genève, la donne pourrait être radicalement modifiée à moyen terme. Surtout pour les autres airlines européennes.

