Il ne faut pas confondre contestation et révolution (Edition 2013-25)

Manifestations en Turquie

« Beaucoup de bruit pour rien » est le titre d’une des nombreuses pièces de William Shakespeare. Non content d’avoir su léguer au monde une œuvre monumentale, le dramaturge aura également laissé des titres qui aujourd’hui encore trouvent une résonnance dans le quotidien. C’est le cas précis des « événements » qui ont secoué davantage l’actualité médiatique que la Turquie elle-même. Au départ, une simple contestation quant à la destruction d’un espace vert.
Aujourd’hui, certains médias n’hésitent pas à parler d’un « Printemps arabe 2.0 ».

La formule est lâchée. D’un mécontentement, on passe à une révolution. Pourtant, il semble que si l’on s’arrête deux minutes, que l’on prend un peu de recul, la description a de quoi surprendre. Certes, il est impossible d’accuser les médias de mettre en scène les affrontements entre la police et les manifestants. Mais est-ce que la question d’une révolution s’est posée lors des récentes émeutes de Paris en mai dernier ? La capitale française a vu des affrontements et des dégâts sur le Trocadéro et sur les Champs-Elysées… Pour autant, personne ne s’est demandé s’il fallait voyager en France ou pas.

Certains se posent les bonnes questions, interrogeant leur agent
de voyages ou leur tour-opérateur pour savoir ce que signifient ces émeutes pour les personnes sur place. D’autres s’inquiètent de savoir si la liberté d’expression est respectée. Car jusqu’à preuve du contraire, aucun touriste n’a été touché par les émeutes (à moins de se rendre sur le lieu des manifestations, aucun incident sur des sites touristiques n’a été rapporté). Bien entendu, une amplification du conflit pourrait gêner les voyages si un mouvement de grève venait à être décidé. Mais cela n’affecterait en rien la sécurité des voyageurs.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a certes mis à jour ses recommandations, mais sans toutefois déconseiller de voyager. La seule indication tombe sous le (bon) sens : éviter les attroupements et les manifestations. Alors certes, dire que l’on fait beaucoup de bruit « pour rien » serait excessif, mais il ne faut pas non plus peindre le diable sur la muraille.

Cédric Diserens