«La décision de Swiss est une porte ouverte aux critiques» (Edition 2012-29)

Le changement de nom de la «Fuel Surcharge» ­irrite les agences qui ne voient dans cela pas la transparence reven­diquée par Swiss.

Medhi Guenin, porte-parole de Swiss International Air Lines, précise: «En passant de ‹Fuel Surcharge› à ‹International Surcharge›, il est simplement question d’harmoniser un nom vis-à-vis de nos partenaires, à savoir agents de voyages et compagnies aériennes.» La pratique semble effectivement avoir démarré outre-Atlantique, où diverses compagnies ont fait disparaître le terme de «Fuel Surcharge».

Pour Walter Kunz, directeur de la Fédération suisse des agences de voyages (FSAV), ce changement de nom ne devrait avoir aucune conséquence. «Cependant, il ne fait que relancer la polémique sur une taxe qui est opaque. Cet élément devrait être inclus dans le prix. Lors de la baisse du carburant, la surcharge n’a pas forcément baissé. Ce changement est fait au nom de la ‹transparence›, mais il n’offre rien de cela.» Walter Kunz précise encore que pour la FSAV, cette taxe devrait être incluse dans le prix de base.

Jacques Lathion, directeur du Lathion Group et président de l’association APR (Agences Privées Romandes), ne comprend pas la motivation de ce changement. «S’ils sont convaincus du bien-fondé de cette taxe et qu’elle reste une simple surcharge carburant, pourquoi l’appeler autrement? Nous allons à nouveau avoir beaucoup d’explications à fournir aux clients.» Michel Ayer, président de TPA, est également courroucé. «C’est peut-être un peu plus ‹vicieux›, cela permet de le maintenir ou de l’adapter quelle que soit la fluctuation du fuel.»

De son côté, Olivier Emch, membre de l’association AVP (Agences de Voyages Privées), se dit agacé. «Cette taxe est de plus en plus problématique et difficile à justifier. Les clients ne comprennent pas toujours pourquoi ils voient le prix de l’essence baisser, alors qu’on leur prélève des surcharges de carburant. C’est un sujet qui em-barrasse les compagnies aériennes. La décision de Swiss est une porte ouverte aux critiques.» Il relève encore le manque de transparence qui en découle, contrairement à ce que Swiss revendique.

Outre-Sarine, les réactions sont similaires. Hormis le flou sur le fond de la taxe, certains soulignent également le problème de la forme. Avec cette nouvelle dénomination, la surcharge carburant semble de moins en moins liée au prix du carburant. De plus, la compagnie aérienne augmente le prix du tarif tout en réduisant la part commissionnée. D’autres re-lèvent encore le côté illogique d’une taxe faisant partie intégrante d’une prestation, mais présentée séparément, ce qui rend la vente encore plus difficile.

Les reproches ne sont pas tant adressés à Swiss, mais plutôt au secteur aérien qui poursuit une politique d’opacité. Cette décision semble liée à la publication en février dernier d’une recommandation du Department of Transportation (DOT) sur la «Fuel Surcharge». Celle-ci doit en effet «refléter au mieux les coûts actuels du service fourni». Si cela s’avère facile à réaliser en théorie, il en va autrement dans la pratique. Aussi, certaines compagnies, à l’instar de Delta Air Lines, appliquent à présent une «International Surcharge».

Cédric Diserens