La régionalisation, le mal des alliances (Edition 2013-39)

Nouvelles lignes de Swiss

Le principe de l’union qui fait la force connaît une certaine limite: celle dictée par l’instinct de survie. C’est un peu ce qui s’observe aujourd’hui avec la nouvelle base régionale de Swiss International Air Lines à Genève. Même si aucune alliance n’a jamais prétendu renoncer à toute concurrence interne, les temps changent et l’on en vient à une forme de stratégie de survie.

La plate-forme genevoise ne dispose pas d’un potentiel illimité en termes de destinations européennes ou de court et moyen-courrier. Depuis que Swissair a claqué la porte, d’autres y ont fait leur nid. D’autres encore, comme Easyjet, on su s’installer avec un modèle qui allait obliger tous les acteurs du secteur à revoir leur copie. A présent, Swiss revient avec la ferme intention de reprendre ce qu’elle estime un dû. Après tout, n’est-elle pas la compagnie nationale?

Mais voilà, un rapide coup d’œil aux destinations dignes d’intérêt – commercialement parlant – met rapidement en lumière un problème: il va falloir marcher sur des plates-bandes. Stockholm et Copenhague sont des lignes opérées de longue date par SAS, tandis que Porto et Lisbonne sont du ressort de TAP Portugal. Ceci pour ne citer que les compagnies membres de Star Alliance, dont Swiss est également membre.

Quid d’une concertation entre partenaires? Une collaboration sous la forme de partage de vols aurait probablement rencontré de grandes difficultés en raison de la politique protectionniste de l’Union européenne. Certains en ont déjà fait les frais à leurs dépends. Mais n’y avait-il vraiment aucune autre option? Probablement pas, car pour jouer dans la cour du système Low Fare (plus adapté que Low Cost), le moindre coût doit être passé sous la loupe. Certes, la programmation de Swiss se veut avant tout saisonnière, même si déjà, les vols sur Porto sont désormais annoncés comme annuels. Dès lors, deux compagnies d’une même alliance vont s’affronter au départ d’un aéroport qui n’a pas un potentiel illimité en termes de passagers. Tout cela sans compter avec une Easyjet bien décidée à rester là où son produit fonctionne. Et base régionale ou pas, Swiss conserve une structure de compagnie standard.

Dans la réalité, cela risque vite de tourner au pugilat tarifaire. Ce qu’un rapide coup d’œil sur un GDS ne manque pas de confirmer. Dès lors, il ne reste qu’à se poser une seule question: la régionalisation se révèlerait-elle un mal pour les alliances qui sont une construction des années 90?

Cédric Diserens