La tactique du salami (Edition 2009-06)

Dominique Sudanà propos de British Airways

Les temps sont durs pour British Airways (BA) qui fait le ménage dans
ses structures commerciales au niveau mondial afin de tenter de sortir
d’une spirale très négative: la compagnie n’annonce-t-elle pas pour le
présent exercice une perte proche de 270 millions de francs? La Suisse
n’est nullement épargnée par les mesures draconiennes confirmées
aujourd’hui, bien au contraire.

Désormais, la Suisse de BA dépend tout simplement de la direction pour
l’Europe centrale sise à Francfort et réunissant également l’Allemagne,
l’Autriche et la Slovaquie.
La Suisse de BA perd aussi définitivement son directeur commercial qui
chapeautait aussi l’Autriche. Enfin, la Suisse de BA se limite
désormais aux bureaux de Genève et Zurich où les équipes s’activent
afin que les résultats permettent de maintenir durablement le statu quo.

Mais il ne faut pas se leurrer. La direction de BA à Londres applique
encore une fois la célèbre tactique du salami et la Suisse en fait les
frais. Localement, BA a procédé par étape: il y eut d’abord l’épisode
de l’aéroport de Genève où plusieurs collaborateurs devaient s’en aller
puisque le mandat d’assistance était confié à Jet Aviation. Ensuite, la
fermeture de l’agence BA en ville de Genève était décidée. Plus
récemment, la compagnie britannique annonçait l’abandon pour l’été 2009
de toutes les liaisons aériennes entre la Suisse et l’aéroport de
Londres-Gatwick et la concentration sur Heathrow. Aujourd’hui, la
réorganisation touche à l’identité même du marché suisse rattaché à la
grande Allemagne avec les risques d’incompréhension que l’on peut
craindre à court terme.

Fort heureusement pour elles, les équipes BA actuellement en place à
Genève et Zurich ne sont pas touchées par la réorganisation en cours.
Jusqu’à quand? On est en droit de se poser la question car la Suisse ne
joue pas dans la cour des grands au plan aérien malgré ce fameux «high
yield» qu’on lui reconnaît, en tout cas au départ de Genève.

Il faut donc s’attendre à changements internes, des mutations ou des
réductions d’effectifs. Ce qui est clair aussi c’est que les postes qui
seront vacants en raison de fluctuations naturelles ne seront pas
repourvus. Et si une United Airlines peut s’appuyer en Suisse sur une
structure aussi légère alors qu’elle vole chaque jour entre Zurich et
Washington et ouvrira en avril une même ligne transatlantique depuis
Genève, pour quelle raison la direction décentralisée de BA pour la
Suisse n’envisagerait-elle pas une solution identique pour la petite
Suisse?

Au fil des ans, les «majors» qui étaient aussi les piliers du secteur
aérien en Suisse revoie presque tous leur copie dans notre pays. Ce qui
est regrettable, c’est que les directions locales de ces compagnies ne
font finalement que du «reporting», n’ont plus de marge de manœuvre
pour s’adapter à la réalité locale et doivent se contenter d’un rôle
d’exécutant pas forcément motivant. Il est à souhaiter que BA Francfort
n’aille pas trop loin dans son raisonnement consistant à réduire ses
antennes commerciales à leur plus simple expression.