Michel de Blust, la taxe par segment que veulent imposer les deux compagnies aux agences est-elle justifiée?
A notre connaissance le supplément par segment réclamé par LH/LX
ne se justifie absolument pas. Dune part il est plus élevé que le prix
payé par segment aux GDS. Dautre part les GDS font partie des coûts de
distribution qui doivent donc être inclus dans le
calcul du tarif aérien. Sil en va différemment, pourquoi les
compagnies nappliquent-elles pas des «suppléments de distribution» à
leurs prix de vente sur leur propres site Internet? En effet leurs
sites présentent également des coûts de distribution probablement plus
élevés que ceux des GDS.
Est-il normal de devoir payer une taxe pour avoir accès aux tarifs des deux airlines qualifiés de «préférentiels»?
Il est tout à fait anormal de devoir payer un accès
supplémentaire aux meilleurs tarifs dune compagnie aérienne. Cela na
aucune justification économique dautant que les agences
rendent aux compagnies aériennes un ensemble de services totalement
gratuitement: émission de billets (papier ou e-tickets), changements de
réservations, annulations et remboursements, informations sur les vols,
facturation et encaissement, couverture du risque crédit des clients,
erreurs de tarification (rectifiées unilatéralement via ADM) etc.
Combien paient réellement les deux compagnies aux GDS?
Il nous revient que les compagnies aériennes ne paient pas plus de USD 3 (EUR 1.9 ou CHF 3.05) par segment aux GDS.
Ne pensez-vous pas quil sagit dun premier pas avant la libéralisation des GDS?
La décision de LH/LX préfigure ce qui se passera en Europe après
la prochaine révision de lactuel règlement européen sur les GDS.
Rappelons que la déréglementation des GDS aux Etats-Unis a entraîné à
partir de 2005 lobligation pour les agences dacheter une option «full
content» pour avoir accès à lentièreté de loffre tarifaire et de
capacités des principales compagnies aériennes.
Suivant lexemple américain on peut dire sans aucun doute que la
formule «libéralisation des GDS = prix plus élevés pour les
consommateurs» sappliquera en Europe également.
Pourquoi lECTAA rejette-t-il la proposition de la Commission européenne à propos des GDS?
LECTAA ne rejette pas demblée la proposition de révision du
règlement européen sur les GDS mais a présenté les demandes suivantes à
la Commission européenne dans le cadre de la révision du code de
conduite:
Maintien des règles de participation obligatoire pour les
transporteurs actionnaires dans tous les GDS. En effet faute de telles
règles il y a un risque certain de voir les effets négatifs immédiats
de la double dominance dun GDS et de ses trois transporteurs
actionnaires dans les trois Etats membres de lUnion européenne où
cette double dominance existe.
Suppression de lidentification des agences de voyages dans les MIDT
(Marketing Information Data Tapes) que les GDS vendent aux compagnies aériennes. Application des mêmes
règles à toute autre entité économique vendant le même type de données.
Accès au «full content public» des compagnies aériennes sans
supplément ou distorsion de prix par rapport aux autres canaux de
distribution, afin de garantir une libre concurrence entre les canaux
de distribution.
La proposition de la Commission est actuellement à lexamen au Parlement Européen qui doit adopter un rapport en mai/juin 2008.
Les compagnies actionnaires dun GDS ne créeront-elles pas un problème de distorsion de la concurrence?
Si l Union européenne supprime les règles concernant les transporteurs
actionnaires (parent carriers) dans le règlement sur les GDS on verra
sinstaller très rapidement sur les marchés où existe une double
dominance des transporteurs actionnaires et du GDS, des comportements
visant à éliminer la concurrence des autres GDS ou des autres
transporteurs aériens.
Le fait que les GDS sont en mesure de donner le profil exact des agences choque lECTAA. Pourquoi?
Il nexiste aucun autre équivalent dans aucun autre secteur économique ou
industrie de léconomie occidentale, où les données commerciales
sensibles dune branche de lindustrie sont vendues aux branches
concurrentes de cette industrie. Cela entraîne des
distorsions de concurrence inadmissibles entre agences et compagnies
aériennes, dans la mesure où il y concurrence entre agences et
transporteurs sur le marché de la distribution du transport aérien. On
peut aussi probablement affirmer que cest la connaissance parfaite des
affaires des agences par le biais des MIDT qui a permis aux compagnies
aériennes de supprimer les commissions payées à la distribution
puisquelles disposaient dun véritable «scanner» des ventes de toutes
les agences quasiment en temps réel.
Les associations des trois pays recommandent aux agences de ne pas signer le nouveau contrat proposé. Quen pensez-vous?
Il appartiendra à chaque agence à lavenir de privilégier les
relations commerciales et les ventes avec les transporteurs offrant les
meilleurs tarifs et les meilleures conditions à ses clients. La
proposition de LH/LX a pour effet daugmenter les tarifs de ces
compagnies de manière significative. Nul doute que les passagers
aériens y seront sensibles et tout spécialement la clientèle «business
travel». En définitive ce sont les marchés qui décideront et les
associations professionnelles jouent leur rôle en conseillant à leurs
membres de prendre les décisions commerciales les plus appropriées.
Dominique Sudan

