Le dormeur serait-il enfin réveillé? (Edition 2011-43)

Cédric Diserens à propos de la collaboration TPA et WATA

L’annonce n’a été ni faite en cachette, ni en grande pompe. Pourtant, l’initiative a de quoi être saluée. Oh, bien entendu, il n’est pas question ici de révolution ou de grand chamboulement. Mais il flotte derrière cette décision un signal plutôt encourageant pour les agences de voyages. La collaboration initiée entre la Travel Professional Association (TPA) et la World Association of Travel Agencies (WATA) ne manquera certainement pas de provoquer quelques sourires moqueurs. Elle est pourtant intéressante à plus d’un titre.

Jusqu’à présent, les membres de TPA avaient une structure leur offrant des conditions communes pour la revente auprès de certains tour-opérateurs et quelques outils pour le micro tour-operating. Il manquait donc aux membres désireux de concocter des produits leur permettant de se différencier ou d’apporter une nette valeur ajoutée, un outil pour le suivi sur place, dans la destination choisie. Et à moins d’être un expert soi-même et d’endosser le rôle de help desk accessible 24h sur 24, offrir une telle prestation demandait du temps… qui, comme le dit l’adage, représente aussi de l’argent.

En signant avec WATA, TPA remédie à ce problème en s’alliant avec un nombre de partenaires actifs dans l’Incoming, choisis selon des critères de taille et de qualité. Cerise sur le gâteau, la philosophie et l’approche de WATA semble correspondre parfaitement à celles de TPA. Bien entendu, certaines voix s’élèveront contre cet accord, prétextant qu’il s’agit là d’une offensive contre les tour-opérateurs, à commencer ceux avec lesquels TPA travaille déjà.

Pour autant, la démarche montre une réelle volonté d’aller de l’avant et d’assumer pleinement le rôle d’agent de voyages, pour ne pas dire de «conseiller en voyages». Michel Ayer l’a justement relevé: «L’agent de voyages est quelqu’un qui est capable d’aller plus loin que la simple revente.» Il serait vain de le nier, la profession fait aujourd’hui apparaître une nette fracture entre les vendeurs et les conseillers. Il ne s’agit pas d’une révélation fracassante, mais d’un constat. 

Aussi, plutôt que d’adopter le rôle de victime si cher à certains, TPA a choisi d’aller de l’avant. Et si le président de TPA ne se veut pas guerrier, il véhicule un discours déterminé. Il ne s’agit pas de contrer les TOs, ni de brandir une alternative comme une menace, mais de se doter d’un outil supplémentaire permettant à l’agent de voyages de s’épanouir dans son rôle de professionnel et de justifier ainsi son travail, ou sa plus-value. Cela passe par sa santé financière (fonds de garantie), par son professionnalisme (critères requis pour entrer dans une association) et par son réseau professionnel, capable de concurrencer Internet.