Le pays de dédale puni comme sisyphe? (Edition 2011-45)

Cédric Diserens à propos de la situation en Grèce

La Grèce n’est que la pointe de l’iceberg qui attend l’Europe. Mais cette question relève plus de la politique que de l’économie. Ce qui touche directement la branche du tourisme, c’est que la Grèce est une destination très prisée en été. Le spectre du «Printemps Arabe» et de ses conséquences sur le tourisme n’est pas loin et les voyagistes savent qu’il n’est tout simplement pas envisageable de faire l’impasse sur une telle destination. On oublie peut-être que derrière ces troubles, il y a des hommes et des femmes qui vivent ou survivent.

Dans le secteur des voyages, tous ne sont pas égaux. Un TUI travaille avec ses propres structures sur place, tandis qu’un Hotelplan n’est engagé que de manière contractuelle avec des partenaires locaux. D’autres encore se lancent sur la destination et n’ont pas encore eu le temps de se faire une place. Quoiqu’il en soit, tous se disent confiants, parce que la Grèce vit en grande partie du tourisme. Sur le fond, c’est une évidence. Mais il ne faut pas oublier que pour vivre, tous ont besoin d’un système qui fonctionne.

Nul ne sait concrètement ce qu’il adviendrait du pays s’il lui fallait sortir de la zone euro. La dette ne s’effacerait pas par magie et il faudrait vraisemblablement passer par une grande déflation pour espérer redresser la barre. Mais alors, qu’adviendrait-il des relations avec les autres Etats membres? Ferait-on payer toute l’aide déjà versée? L’accuserait-on d’avoir engendré l’effondrement de la zone euro? Il est avéré qu’avant la Grèce, l’Angleterre a évoqué la possibilité de soumettre un référendum au peuple pour savoir s’il fallait envisager un retrait
de l’Europe, ou tout du moins, la négociation de conditions particulières.

Mais revenons à la Grèce et aux voyagistes. Tous s’accordent à dire que la situation a le temps de s’améliorer d’ici le printemps 2012 et que le tourisme sera préservé. Tous relèvent également la différence entre les îles et le continent, deux mondes très différents au demeurant. La vraie question est de savoir où en est véritablement le pays. On parle de mise en faillite, mais qu’est-ce qui se cache derrière ce concept lorsque l’on parle d’une nation? Jusqu’où le pays fonctionnera-t-il?

Et ce qui est essentiel pour le secteur du tourisme, c’est de savoir conserver l’équilibre entre la prudence et la confiance. Car à force de répéter que le pays est en crise, l’idée va s’imposer comme vérité. Et le véritable risque, c’est que les clients pourront être amenés à croire qu’en conséquence les prix vont 

s’effondrer. S’ils se détournent de la destination, certains prestataires prendront peut-être cette voie. Un cercle vicieux, perpétuel recommencement, attendrait alors le pays. Ce serait comme le châtiment réservé à Sisyphe.