Le vent de la consolidation souffle d’Abu Dhabi (Edition 2013-47)

De Darwin à Etihad Regional

Selon l’IATA, les «majors» du Golfe Persique dominent le marché aérien mondial avec une croissance plus de 12%, contre 5,5% pour le reste du monde. Et ce n’est qu’un début. Sans revenir sur les commandes historiques passées cette semaine, Emirates, Etihad et Qatar Airways ont chacune des ambitions immenses, en fonction de leur business plan. Mais Etihad, en dix ans d’existence, s’est imposée comme le chef d’orchestre en raison
de la puissance financière d’Abu Dhabi.

En septembre dernier, son CEO James Hogan rappelait à Cologne que sa compagnie développerait dans le futur sa stratégie commerciale se traduisant par la prise de participation dans différents transporteurs. Dictée par des objectifs stratégiques, cette entrée dans le capital-actions concerne déjà, à des degrés divers, Air Berlin, Air Seychelles, Virgin Australia et Aer Lingus, ainsi qu’Air Serbia et Jet Airways. Avec Darwin, l’approche est régionale et le changement radical. Mais nombre de questions demeurent ouvertes.

La stratégie «multi-hubs» de Darwin oblige la compagnie à se développer. La future Etihad Regional continuera de s’appuyer sur une flotte composée uniquement de turboprops Saab 2000, des appareils dont la construction a cessé. Tôt ou tard, il conviendra d’opter pour d’autres appareils. Alimenter Etihad est une chose, garantir les mêmes standards de qualité en est une autre: il y aura rupture entre le long-courrier et les vols d’apport en raison du produit et de la capacité en soute des Saab. Enfin, l’agenda risque de ne pas être tenu puisqu’on se donne douze mois pour atteindre le seuil de rentabilité, avec en sus un aéroport de Zurich coûtant toujours plus cher. Et au niveau des opérations, le réseau annoncé est ambitieux. Il imposera une fiabilité maximale et sans faille à Etihad Regional.

D’autres questions portent sur le développement domestique. On peut déjà affirmer que Swiss cassera le contrat de wet-lease courant jusqu’en octobre 2014 entre Lugano et Zurich pour ne pas alimenter les vols quotidiens d’Etihad entre Zurich et Abu Dhabi. Quant aux nouveaux vols Zurich-Genève, ils risquent de se heurter à différents obstacles politiques… Quoi qu’il en soit, le vent de la consolidation souffle bel et bien d’Abu Dhabi, puisque même une prise de participation d’Etihad dans sa voisine Emirates est envisagée afin d’optimiser les achats, les coûts et les réseaux. 

Dominique Sudan