L’effet domino est inéluctable (Edition 2009-20)

Dominique Sudan à propos des taxes liées aux cartes de crédit

Il y a quelques années, les agences de voyages réclamaient la fameuse
«Tax Box» à cor et à cri. Ce vieux serpent de mer refait surface, non
en faveur des distributeurs mais bien à l’avantage des compagnies
aériennes. Habitués à passer sous les fourches caudines depuis des
années, les agents de voyages le feront une nouvelle fois.

Le nouvel instrument est prêt chez trois GDS, il le sera chez le
quatrième à la date voulue: dès le début juillet, plusieurs compagnies
aériennes imposeront aux Pays-Bas une nouvelle taxe lors du paiement
par carte de crédit. La pratique est courante mais elle ne concerne
pour l’instant que les sites Internet des transporteurs Low Cost, parmi
lesquels Easyjet. Nul besoin d’être grand clerc pour le comprendre:
l’exemple hollandais fera de toute façon tache d’huile, en Europe et en
Suisse. Cet effet domino est inéluctable comme on l’a vu lors de
l’introduction de la commission zéro, par exemple.

Pour l’agent de voyages, cela se traduira aussi par un surplus de
travail administratif si d’aventure les clients préfèrent payer cash,
par un risque plus élevé dans le même cas de figure et par la nécessité
absolue d’expliquer clairement l’introduction de cette énième taxe
aéri-enne. Les compagnies régulières non seulement s’alignent sur leurs
ennemis jurés que sont les Low Cost, elles pénalisent aussi les
intermédiaires classiques qui demeurent leur premier canal de
distribution. Et là, c’est l’entente cordiale entre les airlines et les
GDS puisque ces derniers ont développé à la demande des compagnies une
multitude de nouveaux champs permettant l’introduction technique des
nouvelles taxes…

Sur les billets bon marché, le montant fixé qu’imposeront KLM et
consorts au marché hollandais est totalement disproportionné. Il ne
correspond à aucune réalité et n’est qu’une évaluation unilatérale des
coûts engendrés par les cartes de crédit. Pire, toutes les airlines, en
raison de l’immense volume traité par les cartes de crédit, bénéficient
de toute manière de taux extrêmement bas, sans doute inférieurs de dix
fois au moins au montant fixe
imposé par trajet.

Sur le plan financier, certes, les agences ne sont pas pénalisées par
cette nouvelle mesure. Mais l’impact psychologique auprès de la
clientèle risque d’être fort si l’on ajoute les frais de service de
toute agence. Le client, lorsqu’il s’agira de vols secs, se dira alors
qu’une commande directe auprès d’une compagnie aérienne sera moins
onéreuse. Et les airlines y gagneront de nouveau.