Les agences encore pénalisées? (Edition 2008-39)

A l’ECTAA (The European Travel Agents’ and Tour Operators’ Association), Michel de Blust et Isabelle Leroy s’expriment face au nouveau Code de conduite des GDS. Interview exclusive.

La conception du nouveau Code de conduite vous satisfait-elle?

Le maintien d’un Code est déjà une bonne chose. En effet fin
2005, la Commission européenne avait proposé l’abrogation pure et
simple de toutes les règles sur les GDS. Nous sommes
satisfaits par:
• le maintien des règles sur l’affichage neutre dans les GDS.
• les avancées concernant la protec-tion de l’identité des agents de
voyages dans les données marketing (MIDT) que les CRS et autres parties
vendent aux compagnies aériennes.
• le maintien de règles sur les transporteurs associés (même s’il faut
encore s’assurer que les compagnies aériennes qui détiennent des parts
du capital d’un CRS sont effectivement couvertes par la définition de
«transporteur associé»).

Le prix des billets d’avion baissera-t-il vraiment de 10%?

Nous avons été surpris par ce chiffre avancé pendant les débats
par la Commission européenne qui n’a par ailleurs fourni aucune
information sur cette estimation. Nos informations sur les coûts du GDS
pour les compagnies aériennes reflètent des coûts bien en dessous de
10% du prix du billet. Par ailleurs nous ne pensons pas que les
éventuelles diminutions de tarifs dont bénéficieront les compagnies
aériennes seront automatiquement répercutées sur les prix des billets.
Au cours des dernières années les compagnies aériennes n’ont
pratiquement jamais répercuté la suppression des commissions aux
agences de voyages sur les prix des billets. Au contraire les récentes
initiatives telles que celle de Lufthansa et Swiss nous font craindre
que les agences de voyages pourraient être amenées à payer davantage
encore pour l’accès aux tarifs et aux inventaires des compagnies
aériennes sur GDS.

Croyez-vous vraiment que les GDS se livreront une concurrence plus agressive après ce vote?

Lorsque nous avions proposé au législateur européen d’introduire
dans le code des dispositions garantissant l’accès à tout le contenu
public des compagnies aériennes (tarifs et inventaires) nous
souhaitions par ce biais favoriser l’entrée de nouveaux acteurs sur le
marché des GDS et dès lors encourager une concurrence plus active qui
aurait certainement eu des répercussions plus favorables sur les tarifs.
Ni les GDS actifs sur le marché ni même les compagnies aériennes n’ont
soutenu cette proposition. Dans le chef des GDS établis, c’est
compréhen-
sible; ils ne souhaitent pas favoriser la concurrence de nouveaux
entrants. Cela l’est moins pour des transporteurs, à moins qu’une
situation d’oligopole voire de quasi monopole sur certains marchés
européens n’ arrange certains d’entre eux?

Le point portant sur les transporteurs associés à un GDS ne devrait-il pas être clarifié?

Nous attendons avec intérêt les clarifications annoncées par la
Commission européenne au PE lors du débat sur le code le 3 septembre en
fin de soirée. Cette annonce nous a surpris et nous ne comprenons
toujours pas pourquoi ces clarifications n’ont pu être communiquées au
PE avant l’adoption du rapport par le Parlement en plénière.
Nous espérons aussi que ces clarifications seront exhaustives et
satisferont les différentes parties. On ne peut en effet pas exclure un
recours auprès de la Cour européenne de Justice à l’égard de ces
clarifications, puisque la Commission européenne n’est formellement pas
compétente pour interpréter la législation communautaire. (Le traité de
l’UE confère cette compétence à la Cour européenne de Justice à
Luxembourg).

Que pensez-vous de la protection des données abordée par les députés?

La protection des données personnelles fait l’objet d’une
directive européenne spécifique. Par ailleurs dans sa version actuelle,
le code interdit déjà toute divulgation de l’identité du voyageur,
disposition qui sera maintenue et renforcée par la non divulgation de
l’identité des agences dans les MIDT sauf consentement préalable et
explicite de l’agence. La protection des données personnelles reste
donc garantie.
La meilleure protection des données commerciales des agences leur
fournira incontestablement une meilleurs marge de négociation tant dans
leurs accords commerciaux avec les compagnies aériennes que dans leurs
contrats avec les GDS.

Des prix TTC sont-ils un rêve?

L’entrée en vigueur du règlement révisant le «3ème paquet» sur le transport
aérien communautaire obligera les transporteurs aériens à communiquer
le prix TTC à payer par le consommateur. Les compagnies ont obtenu de
pouvoir continuer à afficher les différentes composantes de prix.
En ce qui concerne la recherche tarifaire sur GDS, les dispositions
prévues dans le cadre de la révision du code permettront aux agences de
faire une recherche tarifaire TTC. Séparer les taxes et charges ne
permettra donc plus d’afficher un vol en haut d’écran parce que son
tarif est «artificiellement» bas. Par contre, puisque le consommateur
aura toujours accès au détail des taxes et charges il pourra plus
facilement se rendre compte de la façon dont les airlines répercutent à
la hausse (souvent) et à la baisse (parfois?) les variations du prix du
kérosène.

A propos du CO2: le fait de devoir proposer aussi la meilleure alternative en train est-il réaliste?

La semaine dernière, s’exprimant au Forum Européen du Tourisme
organisé par la Commission européenne à Bordeaux, un dirigeant d’une
des principales compagnies aériennes Low Cost  européennes a
rapporté qu’à peine 5% de ses passagers souscrivaient au système
volontaire de compensation des émissions de CO2. Les émissions de CO2
et leur compensation ne semblent pas être une préoccupation immédiate
des voyageurs.
Toutefois, le fait de disposer d’un accès à l’offre ferroviaire pour
une destination donnée présente un intérêt commercial certain pour les
agences de voyages puisqu’elles pourront faire part de cette offre
alternative à leurs clients.
Mais en finale c’est le client qui est roi et qui décide en fonction de
ses propres contraintes, de prix pour la clientèle de tourisme et
d’efficacité et de temps de voyage pour les voyageurs d’affaires.

Dominique Sudan