Les TOs pâtiront-ils de cette situation? (Edition 2010-37)

Dominique Sudan à propos de Baboo
Depuis sa création, Flybaboo devenue entre-temps Baboo vole dans les chiffres rouges. A sa décharge, on rappellera que lancer une nouvelle compagnie aérienne tenait de la gageure au lendemain de la déconfiture de Swissair. Julian Cook l’a fait. Sous sa forme actuelle, Baboo n’a finalement de «compagnie genevoise» que le nom: son capital-actions est détenu majoritairement par le groupe libanais M1 Travel qui, sans doute, estime que la situation est maintenant préoccupante.

Le plan de restructuration annoncé aujourd’hui n’a pour but que la réduction de la voilure et de la masse salariale. Si le patron de Baboo ne fournit aucun détail précis, il ne cache pas non plus que les réductions d’effectifs toucheront l’ensemble des départements, et qu’il n’est pas improbable que la flotte soit réduite elle aussi. Baboo tranchera donc dans le vif. 

Au plan opérationnel, la flotte est composée de cinq appareils, à savoir trois jets de type Embraer 190 et deux turboprops Dash 8Q-400. Or, un Embraer est régulièrement immobilisé, ce qui signifie que Baboo exploite le plus clair du temps quatre appareils sur cinq. Si réduction de flotte il doit y a voir, la direction de la compagnie sera face à un dilemme: maintenir l’exploitation coûteuse des Embraer et renoncer aux Dash très performants sur le réseau régional dont il est question, ou immobiliser les jets, mettre ainsi en péril la stratégie d’alliances déployée depuis deux ans et déclarer  mort-né l’ambitieux programme de chaînes charters négocié avec de nombreux TOs suisses, dont Hotelplan Suisse et Kuoni. 

On n’en est pas encore là mais tout porte à croire que plusieurs mesures impopulaires seront prises à court terme, Mark Darby ne cachant pas que les arrangements conclus avec les TOs pour l’hiver prochain seront réévalués dans le cadre du plan de re-structuration qui est à l’étude. 

Pour écorner l’image du marché, difficile de faire mieux. D’un coup, tout le programme de rotations hivernales à destination des îles Canaries et de la mer Rouge risque de tomber à l’eau. Et les solutions de substitution de qualité ne sont pas légion, ni chez Edelweiss ni chez Hello. Les deux grands TOs sis à Zurich doivent sans doute se mordre les doigts d’avoir jeter leur dévolu sur cette Baboo qu’ils jugeaient trop chère il y a deux ans mais qu’ils ont finalement affrétée.

Très ambitieuse, Baboo a sans doute commis le péché d’orgueil lorsqu’elle a opté pour l’Embraer, un bel oiseau au demeurant. Sa direction d’alors ne l’a jamais admis mais cet appareil est fragile et gourmand au niveau des opérations. Aujourd’hui, la facture est salée puisque d’aucuns articulent plus de 30 millions de perte annuelle, chiffre que personne ne confirme.