L’euro ne bascule pas les ventes (Edition 2011-23)

Des prestataires d’outre-Rhin traitent un nombre croissant de réservations alémaniques. Rien de tel ici, pour de multiples raisons.

Le cours plus avantageux que jamais de la monnaie européenne attire un nombre grandissant de clients Suisses alémaniques outre-Rhin: agences de voyages frontalières, TOs allemands et plates-formes de réservation d’agences de voyages en ligne le confirment. Même d’illustres inconnus sis à Brême ou Duisbourg l’attestent ce printemps. Entre Genève et la France voisine, ce phénomène a toujours été marginal et le reste.

Au contraire, on assiste au phénomène inverse: nombreux sont les TOs romands à réaliser une part non négligeable de leur volume annuel en zone frontalière, jusqu’à Aix-les-Bains. Les producteurs qui y sont actifs articulent tous la même fourchette: ils réalisent entre 15 et 20% de leur résultat sur le marché français.  

«Il faut y voir une simple question de mentalité: le Suisse consomme suisse, répond Michel Vargues, chez Air Marin. Nous sommes le seul TO romand agréé auprès d’un grand réseau de distribution en France et réalisons entre 15 et 20% de notre volume de l’autre côté de la frontière. Dans l’autre sens, le pouvoir d’achat des milliers de frontaliers travaillant à Genève est supérieur à la moyenne. Ces personnes achètent volontiers des produits suisses car ils sont sensibles à la qualité suisse. Et dans le court-courrier, le choix est vite fait entre un départ de Lyon et un décollage de Genève, aéroport naturel pour la zone frontalière.»

Chez Bentour Swiss, qui est très actif en Allemagne et est en ligne sur environ 60 portails, environ 15% des réservations suisses ont été effectuées en Allemagne. Là également, la situation diffère totalement: «Nous nous appuyons sur un important réseau en Allemagne, disposons d’un bureau à Stuttgart et proposons une riche offre aérienne depuis l’Allemagne. Ici, la situation est claire: plusieurs agences de voyages françaises (Ailleurs, Carlson, etc.) vendent nos produits et contribuent au 15% du volume annuel réalisé à Genève. Mais le Suisse n’achète pas de l’autre côté de la frontière», commente Mustafa Okan, directeur de Bentour en Suisse romande. 

Ce taux est identique chez Travelway où Fabienne Orsat met aussi en avant les standards de qualité qui font la différence entre les produits suisses et la production française: «Les Suisses réservant leur vacances dans une agence française classique ont toujours représenté une minorité. Le client helvétique, surtout hors des grandes villes, demeure de toute façon fidèle à son agence. Internet, certes, devient une plaie avec les airlines qui y imposent moins de frais et les hôtels qui multiplient les promotions directes. Mais, très souvent, le niveau de qualité est supérieur ici: pour une croisière sur le Nil, les catégories de bateaux disponibles sur le marché suisse sont nettement supérieures à celles commercialisées en France.»

Avec son portefeuille moyen et haut de gamme long-courrier, Stohler Tours joue dans un autre registre. En France voisine où il réalise environ 5% de son volume, Rolf Weber met le doigt sur un problème de saisonnalité: «A certaines périodes, nous sommes plus avantageux que les TOs français avec départ de Paris. A d’autres, c’est l’inverse. Les agences limitrophes procèdent à des comparatifs et consultent nos offres qui sont exprimées en francs suisses. Si la réservation suit, nous adaptons le tarif en euro, au cours du jour. Les frontaliers travaillant à Genève disposent d’un pouvoir d’achat leur permettant d’acheter des produits suisses, ceux sont actifs là-bas ne disposent pas des moyens suffisants pour le faire. Mais il est clair qu’à l’inverse, très peu de Suisses achètent de l’autre côté de la frontière.» Un avis que partage totalement John Albanis, Hotelplan: «Les achats outre-frontière sont marginaux. Tout simplement parce que Zurich est un aéroport allemand sur Internet alors que Genève n’est pas programmé par les producteurs français.»   

En revanche, sur certaines destinations, la lutte est plus âpre. La Tunisie, en grande difficulté actuellement, en est la preuve. Univair, qui réalise aussi près de 20% de son volume annuel en France voisine, relève ainsi qu’il faut désormais se battre face à de gros producteurs français qui n’hésitent pas à casser les prix, voire à proposer au client le transfert en autocar pour des départs de Lyon: «A produit égal, les différences peuvent être énormes entre un Thomas Cook achetant 500 chambres dans un hôtel de Djerba et un TO suisse lié
au même hôtelier pour une dizaine de chambres», conclut Yves Lachenal.

Dominique Sudan

GVA: un quart des passagers Outgoing provient de France

Genève a battu un nouveau record historique avec 11,880 millions de passagers. Là aussi, la France voisine génère un volume important, avec près de 25% de passagers Outgoing. «Certes, le chiffre est important mais doit aussi être relativisé: dans un rayon de 100 kilomètres autour de l’aéroport, le nombre d’habitants est supérieur à celui de la Suisse. Mais le fait est que le client suisse n’achète pas ses vacances ou ses voyages en France. Tout est centralisé en France et peu de producteurs sont orientés vers des départs de Genève. En raison d’un taux de change plus intéressant que jamais, on pourrait imaginer que certains TOs français proposassent des niveaux tarifaires nettement plus intéressants. Ça n’est pas vraiment le cas en raison de l’organisation structurelle différente du marché français des voyages. De plus, les frontaliers ou les très nombreuses personnes actives dans les organisations internationales restent pour la plupart fidèles aux producteurs suisses», commente Yves-Daniel Viredaz, chef Marketing.

DS