Low Cost ou Low Fares, la nuance est ténue (Edition 2013-23)

Nouvelle base de Swiss à Genève

La fameuse base opérationnelle de Swiss à Genève prend forme peu à peu, notamment au travers de certaines indiscrétions dont s’est fait l’écho la puissante presse dominicale alémanique. Ce qui est certain et n’étonnera que les naïfs, c’est l’extension à toutes les routes européennes du modèle oneway « testé » depuis septembre dernier. Il ne fallait nullement être grand clerc pour savoir, dès le début, que le oneway serait développé à Genève puisque le but premier de Swiss est d’attaquer Easyjet sur son propre terrain et, accessoirement, de proposer aux Romands une souplesse accrue et des tarifs plus bas. Entre Low Cost et Low Fares, la nuance terminologique est ténue.

Techniquement, la nouvelle base exige aussi l’engagement de personnel de cabine et de pilotes supplémentaires. Là, il est déjà établi que les premiers ne bénéficieront pas de CCT dans un premier temps mais seront engagés sur la base de contrats individuels régis par le droit suisse. 

Swiss projette par ailleurs une nouvelle structure tarifaire différenciée pour Genève. Un pas qui aurait dû être accompli il y a plusieurs années mais qui ne l’avait jamais été en raison de divergences de vues à la direction de Swiss, à Zurich. A l’époque, on craignait un « shifting » d’une partie de la clientèle alémanique de Zurich à Genève en raison de meilleurs prix, crainte dénuée de tout fondement.

Il semble aujourd’hui que l’approche de Swiss soit résolument différente : assurer la pérennité de la compagnie en collant au marché. Une nouvelle approche stratégique différenciée pour Genève qu’accompagne un défi majeur : s’assurer que le marketing, le pricing et la distribution tirent à la même corde. C’est précisément la mésentente entre les trois qui a empêché jusqu’ici l’introduction de tarifs différenciés à Genève. Ce défi, il incombera au nouveau chef Suisse romande de le relever en faisant l’unanimité auprès de ses employés, de la clientèle et des agences. Un nouveau chef que Swiss ferait bien de nommer dans les plus brefs délais afin d’éviter de d’abord mettre en place un concept local révolutionnaire pour l’imposer ensuite à l’heureux élu. Vaste chantier que seul un homme du sérail pourra conduire sans heurts. Car l’aviation est plus que jamais une affaire de know-how. 

Dominique Sudan