Low Fares avec les coûts d’un Legacy Airline (Edition 2013-29)

Nouvelle base de Swiss à Genève
[shariff]

Le concept dévoilé récemment par Swiss pour sa base de Genève est tout à fait prometteur et risque fort de bousculer la concurrence. Mais sur la durée, tiendra-t-il la route ? C’est ce qu’il faut souhaiter à Swiss, tout en regrettant que cette dernière occulte la question cardinale : la rentabilité.

Sous l’ère Haralambof, Swiss Genève bénéficiait d’un soutien extrêmement fort de l’ancien chef pour la Suisse, Rudolf Schumacher. Mais pendant ces années-là, la rentabilité impérative constituait déjà une redoutable épée de Damoclès. Il est clair que les appareils de Swiss, avec un taux de remplissage moyen d’environ 70 % à Genève, disposent de la capacité pour gagner quelques parts de marché sur le réseau court-courrier européen. Plusieurs écueils existent, qu’il ne faut pas négliger du tout. En premier lieu, le message publicitaire qu’adresse Swiss au grand public en articulant des tarifs TTC sans concurrence reste une arme à double tranchant si le nombre de sièges disponibles à ce prix s’avère insuffisant. Car le client sait penser Low Cost. Ensuite, le recrutement du nouveau personnel de cabine sans CCT mais au bénéfice d’un contrat individuel peut être handicapant : contrairement à ce qui a toujours contribué au succès de Swissair/Swiss, ce personnel risque fort de ne pas s’identifier de la même manière à son employeur et considérer son emploi comme une parenthèse de la vie. Sans compter qu’il travaillera davantage, avec des horaires serrés et un retour chaque soir au bercail genevois. Pour les pilotes dont on connaît la puissance syndicale, l’équation comporte bien d’autres inconnues. 

Enfin, pour en revenir à cette sacro-sainte rentabilité, Swiss devra toujours faire face aux coûts d’une « Legacy Airline ». Et au plan opérationnel, les Bombardier Cseries, plus économes et moins bruyants, ne
seront pas livrés avant 2015 et ne formeront pas forcément la flotte régionale de la base de Genève, contrairement à ce qui avait été annoncé en novembre. Un challenge aux multiples facettes que la nouvelle équipe en place devra relever, ce que chacun souhaite bien sûr.

Dominique Sudan