Mieux vaud tard que jamais…? (Edition 2010-37)

Cédric Diserens à propos des apprentis 2010–2013

Se former aujourd’hui n’a rien d’une sinécure. Beaucoup sont d’accord pour dire que s’il fut un temps où un jeune n’avait que l’embarras du choix, il ne reste aujourd’hui plus que l’embarras. Trouver une place d’apprentissage est un véritable combat pour lequel il faut savoir se vendre tout en sachant que rien ne sera facile, ni acquis. La branche des voyages où les artisans sont encore nombreux, où la fragilité de chacune des entreprises est avérée, a de quoi en effrayer plus d’un.

Certains apprentis ont débuté en 2001, une sombre année à plus d’un titre. En 2010, alors que la crise est en fond d’écran, les agences ont aussi un drôle de visage. Bien souvent, si l’on trouve plus de deux personnes au guichet, c’est qu’il y a du temps partiel dans l’air. Dès lors, comment trouver le temps de former quelqu’un? Si tout travail mérite salaire, est-ce que tout effort du formateur est forcément récompensé?

Combien d’apprentis auront terminé leur parcours pour ensuite bifurquer, parfois totalement en dehors de la branche? Lors de son discours de juin dernier, Gilbert Barbey déclarait aux candidats fraîchement diplômés que personne ne leur en voudrait s’ils venaient à choisir une autre voie, car tout le monde sait que la branche n’est pas toujours accueillante. Mais alors, pourquoi former?

Certains l’ont bien compris, la formation permet d’assurer une certaine pérennité à la branche. Les forces vives et actives d’aujourd’hui seront peut-être épuisées, au propre comme au figuré, demain. Si personne n’est là pour aider les vrais passionnés, les perles qui dorment encore, alors la branche risque de laisser passer ses leaders de demain. Tout comme Rome ne s’est pas faite en un jour, la relève de la branche ne se fera pas en trois ou quatre ans.

Petits et grands doivent marcher la main dans la main et contribuer à transmettre leur savoir-faire et leur expérience. Kuoni l’a compris, à plus d’un titre, que ce soit avec sa dynamique de formation ou avec son système d’experts. Hotelplan, via le bureau de Tourisme Pour Tous, dispose également d’une filière de grande valeur où peuvent se mêler tour-operating et agence. TUI, Carlson Wagonlit Travel, American Express ou Hogg Robinson Group peuvent également apporter leur pierre à l’édifice.

La génération de «pousse bouton» que certains prédisaient en 2000 n’est finalement pas venue. Le travail de l’agent est aujourd’hui plus complexe que jamais, puisqu’il s’agit de composer avec des équations à plusieurs inconnues. Si personne ne répond aujourd’hui à la demande, forte aux dires des personnes concernées, celle-ci finira par faiblir avant de se tarir.