Partenariat ou haro sur les diktats? (Edition 2009-36)

Dominique Sudan à propos de l’AVP

A Genève, l’association des Agences de Voyages Privées (AVP) dont on ne
rappellera pas la puissance de tir au niveau BSP a pris les devants. A
la fin du printemps, elle proposait à ses fournisseurs une Charte de
bonne collaboration établissant les principes directeurs d’un
partenariat à double sens. Il est clair que les airlines sont la cible
numéro un visée par l’AVP dans ce document de travail proposé aux
fournisseurs. Il y a quelques jours, l’association a relancé ces mêmes
compagnies dont elle attend une prise de position pour l’automne.

A ce jour, les compagnies approchées seraient réparties en trois
groupes: celles qui ont immédiatement accepté la proposition de l’AVP,
celles avec lesquelles le dialogue se poursuit et celles avec qui
auraient presque refusé d’entrer en matière. Aucune airline ne sera
citée nommément tant que le bilan final de l’opération ne sera pas
dressé.

Approchées individuellement et non en tant que membres d’une alliance
mondiale, les compagnies aériennes sont donc mises quelque part sous
pression par la puissante association genevoise qui n’a jamais apprécié
de se voir manipulée par un quelconque fournisseur, encore moins par un
transporteur aérien. Sur le papier, la Charte de l’AVP constitue un
plaidoyer pour un véritable partenariat profitable à toutes les
parties. Mais lorsque l’on établira le bilan final, cette fameuse
Charte pourrait devenir un redoutable bras armé pour l’AVP et,
peut-être, pour d’autres agences de voyages du pays.

Haro sur les diktats (aériens), tel a souvent été la marque de fabrique
de cette AVP qui a déjà prouvé par le passé qu’elle pouvait du jour au
lendemain basculer les ventes de l’un ou l’autre partenaire refusant de
jouer le jeu du partenariat à double sens. Il y a quelques années, la
grande Lufthansa, pourtant proche des membres genevois, en fit
l’expérience.

Au-delà des mesures de représailles que l’AVP pourrait éventuellement
prendre à l’encontre des fournisseurs aériens refusant les principes
directeurs proposés, la démarche de l’association genevoise doit être
interprétée comme un appel au partenariat dont pourrait tirer profit
l’ensemble des agences de voyages. Car si elle n’obtenait pas
satisfaction, nul doute que l’AVP irait frapper à d’autres portes pour
que son message ait une portée nationale. La démarche est intéressante
dans le sens où elle vise une amélioration des relations commerciales
entre fournisseurs et distributeurs et élève le débat puisqu’il ne
s’agit pas d’un simple achat de biens et de services. Ce faisant, l’AVP
rappelle aussi aux compagnies aériennes qui ont la fâcheuse tendance à
l’oublier que l’industrie du tourisme reste du «people business», avec
le client au cœur des débats.