Contrairement à lindustrie lourde, la branche des voyages place lhumain au cur des débats, que lon parle de collaborateurs ou de clients. Et par la force des choses, lhumain a des émotions et sexprime. Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, la refonte des réseaux de distribution dHotelplan et de Kuoni et les énièmes réorganisations des deux grands TOs constituent des thèmes de prédilection lors des multiples événements que compte la branche. Et pour cause : désormais, les mutations népargnent personne, quel que soit son degré dancienneté. Et cest souvent à prendre ou à laisser. Force est dadmettre que le sentiment de malaise est réel, savamment entretenu quil est aussi par des rumeurs plus ou moins fondées et des réalités parfois déformées. Ces mutations qui se traduisent par des départs de collaborateurs de longue date, par des responsabilités redistribuées au niveau local et régional et par de nouveaux statuts souvent assimilés à des voies de garage laissent libre cours à toutes les interprétations personnelles.
Au-delà des cas particuliers, des susceptibilités, des fiertés personnelles, des nouvelles affectations et des départs forcés ou non, lévolution actuelle au sein des réseaux dHotelplan et de Kuoni témoigne dune chose : on se tâte, les tensions internes sont des réalités, les jeunes générations poussent les anciens vers la sortie, le management régional ne fait quappliquer les décisions prises à Glattbrugg et Zurich en vue de retrouver des jours meilleurs. Car derrière le discours officiel qui répète à lenvi que « tout va très bien Madame la Marquise », il est des signes qui ne trompent pas : perdant des parts de marché face aux spécialistes, les deux grands aspirent à une efficacité opérationnelle accrue ; pour y parvenir, les méthodes de travail doivent changer radicalement ; ce qui a fonctionné par le passé ne marche plus aujour-dhui ; les gagnants dhier sont les perdants daujourdhui, en tout cas ceux qui sont incapables de sadapter aux changements ; donc, on tire les conclusions qui simposent, pour le meilleur, bien entendu.
Dans les deux cas, il conviendrait pourtant de se souvenir du passé : les multiples changements stratégiques opérés en Suisse romande ces dernières années nont guère contribué à créer une base solide ni un climat de confiance. Les managements antérieurs sont aussi responsables de navoir pas compris que seul le marché décide.
Dominique Sudan

