Quand le système «D» déraille (Edition 2011-29)

Cédric Diserens à propos des codes TOs

En Suisse, le secteur des voyages est faiblement contrôlé. Aux côtés d’agences sérieuses et recommandables se trouvent des agences au fonctionnement plutôt surprenant et aux pratiques pas toujours transparentes. Certains professionnels pestent contre ce libéralisme, d’autres haussent les épaules et se font une place comme  ils le peuvent. 

Il semble désormais clair que personne au niveau politique n’osera se frotter à un secteur sous-estimé. Cette situation d’équilibre a grandement favorisé le système «D» et les plus -débrouillards tirent leur épingle du jeu.

Aucune agence n’est à blâmer en particulier, car même les plus respectueuses ont recours à ce système, certaines n’hésitant pas à le coucher sur papier au nom du «bien du client». Il peut s’agir d’une joute verbale avec une compagnie aérienne pour rattraper une erreur de réservation ou d’une menace de boycott. Mais l’usage n’a pas changé depuis des lustres et le système «D» est employé par tous, tout en étant «toléré» jusqu’à une certaine limite.

Mais il arrive parfois que dans les habitudes bien en place, un grain de sable fasse dérailler le tout. Le cas des codes TOs n’est pas unique. Le code IATA, les plaques des compagnies -aériennes du temps des billets papiers ou des MCOs, le stock de papier ATB… tous ces éléments peuvent faire l’objet d’un prêt, voir d’un vol. Un employé qui quitte une agence de voyages n’efface pas forcément de sa mémoire les codes d’accès aux différents systèmes utilisés. Seuls l’éthique et le professionnalisme de celui-ci l’empêchent d’en faire usage.

Il en va de même pour les informations sensibles telles que les cartes de paiement des clients, auxquelles s’ajoutent de nombreuses données personnelles. A quoi reconnaît-on une agence ou un voyagiste professionnel? Le critère est vague, car dépendant du point de vue que l’on adopte. 

Devra-t-il ou elle se barder de logos soulignant l’appartenance à un fonds de garantie (quel qu’il soit) comme l’impose la loi fédérale sur les voyages à forfaits de 1994? S’agira-t-il d’être celui ou celle qui offre le prix le plus bas? S’agira-t-il d’en imposer de par l’apparence de l’agence ou du tour-opérateur?

Personne à part les professionnels eux-mêmes, n’est en mesure d’appliquer au mieux une forme de contrôle. Les grands voyagistes s’en chargent déjà avec l’exigence ’appartenance à un fonds de garantie. Les moins grands sont plus ou moins regardants, mais n’hésitent pas à recourir à une forme de liste noire le cas échéant. Au final, le monde des voyages en Suisse est ce que les professionnels en font.