Swiss sanctionnera les PNR manipulés (Edition 2014-23)

La jungle tarifaire à l’origine du mal

Le problème n’est pas nouveau: déjà à l’époque de la défunte Swissair, les agents de voyages étaient nombreux à contourner les tarifs très élevés de certains axes au départ de Genève, par exemple New York et Nice, en réservant un segment fictif permettant de profiter des prix nettement plus avantageux en vigueur sur d’autres marchés. Qui ne se souvient pas des fameux billets Alger-Genève-New York et retour, où l’axe Alger-Genève-Alger ne comptait que des passagers fantômes?

Dès la semaine prochaine, Swiss prendra le taureau par les cornes et sanctionnera des pratiques similaires en ayant recours à un contrôle strict que lui permet la technologie d’aujourd’hui: les réservations manipulées seront frappées d’une amende que l’on peut assimiler à un ADM dont le montant relativement élevé variera en fonction de la cabine et de la destination. Même s’il s’agit de cas isolés, le problème est réel et la plupart des agents, de même que les associations d’agences, condamnent ces pratiques frauduleuses. Toujours est-il que si cette pratique de manipulation a vu le jour, c’est qu’une zone grise existe, que l’on pourra assimiler à un vide juridique lorsqu’il s’agira de définir si l’ADM en question est recevable ou non. La question cardinale est la suivante: pourquoi établir des règles qui, au final, peuvent être contournées? Ne serait-il pas préférable de bétonner le règlement tarifaire en investissant dans un système performant? Car tant qu’il y aura une faille, des rusés en profiteront.

Finalement, réservations manipulées et ADM justifiés ou excessifs constituent l’habituelle pierre d’achoppement entre les agences et les airlines. Ces dernières ne sont pas toutes blanches non plus, elles qui ont donné naissance à une jungle tarifaire où personne ne s’y retrouve, qui ont chacune leur propre politique en termes de partenariat et qui inondent les agents d’informations diverses via de multiples Newsletter. Le client s’y perd également, lorsqu’il constate qu’un Genève-Nice et retour lui indique clairement un prix par segment, mais que le tarif du retour est finalement noyé dans diverses taxes. Finalement, les rapports de force qu’entretiennent les compagnies aériennes et les agences de voyages depuis des lustres ne sont pas l’affaire du client. Ce dernier veut une transparence qui devrait être le point numéro un de tout règlement.

Dominique Sudan