Tout ce qui brille n’est pas or (Edition 2011-19)

Dominique Sudan à propos du problème de succession en Romandie

Dans les rangs des TOs comme dans celui des agences, la Suisse romande se distingue par une très grande indépendance. Une liberté qui n’a pas de prix mais qui, fatalement, soulève un jour ou l’autre un problème de succession. Ce jour est arrivé pour un grand nombre d’entreprises.

Pour les PME concernées, les options ne sont pas légion: si aucune descendance ne manifeste un réel intérêt à l’affaire, il conviendra de définir une solution interne ou d’opter pour la un choix extérieur, c’est-à-dire la vente. Or, souvent, la première solution n’est même pas envisageable: sans doute conscients du problème des marges auquel se heurte une entreprise active dans les voyages, les enfants ou les proches auront choisi une orientation professionnelle autrement plus rémunératrice. 

La vente représente quant à elle un risque immense, surtout si l’on jette son dévolu sur un généraliste réunissant déjà un nombre élevé de marques spécialisées. Tel est le cas des deux grands actifs en Suisse romande dans le domaine du Tour Operating. Même si elle réunit des compétences remarquables et des connaissances faisant d’elle un vrai spécialiste d’une destination ou d’un produit donné, une PME reprise par un grand doit s’attendre à une rapide restructuration en profondeur, l’acheteur tenant tout simplement à éviter les doublons entre chefs de produit, destinations et réservation. 

Et comme on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, c’est précisément ce qui fait valeur d’une entreprise, à savoir son personnel, qui en souffrira immédiatement. Car, dès l’instant où un TO, aussi bon soit-il, est aussi actif sur des destinations programmées par le grand repreneur potentiel, ses chances d’assurer sa pérennité sont nulles, l’acheteur ne conservant d’une main qu’un marque connue pour un produit spécifique pour mieux couper de l’autre tout ce qui est superflu. De nombreux exemples plus ou moins récents existent, on se gardera de les citer ici.

Par conséquent, l’option interne est la seule qui garantira la survie d’une PME, maintiendra les équipes en place et évitera de frapper à une autre porte ou, plus simplement, de mettre la clé sous le paillasson. En choisissant cette voie, les entreprises concernées assurent non seulement leur propre avenir, elles contribuent aussi directement au maintien en Suisse romande d’un réseau de distribution composé d’une multitude d’indépendants. Car il ne faut pas se leurrer: dès le moment où les doigts d’une seule main suffiront pour compter le nombre de TOs romands de qualité, les distributeurs indépendants en feront directement les frais et seront très rapidement condamnés.