Un pied dans «Skyteam Associates» (Edition 2009-39)

Dominique sudan à propos de Baboo

Depuis sa nomination à la tête de la compagnie romande Baboo, Jacques
Bankir entretient le suspense. Mais en ancien d’Air France, le CEO de
Baboo sait parfaitement à quelle porte il convient de frapper au siège
de Paris CDG. On peut, sans risque de se tromper, affirmer que l’avenir
de Baboo est tout tracé. Tôt ou tard – mais sans doute tôt –, la jeune
compagnie sise à Genève fera son entrée dans l’alliance mondiale dont
Air France-KLM est un pilier, voire dans le clan des «Skyteam
Associates».

Déjà, Baboo a pris le relais sur la province française lorsqu’Air
France Regional s’est retirée. Aujourd’hui, deux des trois nouvelles
destinations annoncées par Baboo pour le prochain horaire d’hiver,
London City et Marseille, seront aussi opérées en codeshare avec Air
France. Jacques Bankir sait pertinemment que sa compagnie, aussi
sympathique soit-elle, ne saurait vivre sans multiplier les
partenariats et les accords commerciaux. Seule cette stratégie permet
en effet à un transporteur de dimension régionale d’atteindre le fameux
seuil de rentabilité dont parle le nouveau CEO depuis qu’il a succédé à
Julian Cook. Une vérité qui prend une autre dimension en cette année
marquée par la grave crise affectant le transport aérien, et durant
laquelle Baboo a aussi été directement pénalisée par la réduction du
programme charter initialement prévu par certains affréteurs et
l’abandon de certaines rotations estivales, notamment sur Mykonos et
Santorin. Alors qu’un programme charter plein aurait permis un meilleur
équilibre en termes de segments de clientèle et de volume de trafic, la
réduction de la programmation touchait directement Baboo, dont les
appareils de type Embraer 190 ne constituent pas l’outil de travail
idéal pour du charter pur et dur à destination des îles grecques,
notamment en raison du prix par siège proposé aux TOs.

Vers Marseille et Milan-Malpensa, la stratégie annoncée aujourd’hui
apporte une preuve supplémentaire du rapprochement physique avec
Skyteam: dans un premier temps, ces liaisons feront l’objet d’un
partage de codes avec Air France. Un accord du même type sera conclu
prochainement avec Alitalia qui a abandonné l’axe Genève–
Milan et a presque le statut de filiale d’Air France-KLM.

Entre Genève et London City, le développement poursuivi semble moins
logique dans la mesure où CityJet for Air France a jeté l’éponge il y a
peu, non sans avoir déclaré la guerre tarifaire à Swiss au départ de
Genève, avec des tarifs inférieurs de 30 à 40%, souvent sans aucune
restriction. Vers la City, Baboo se heurtera à une vraie concurrence,
celle de Swiss, contrairement à Milan et Marseille où la compagnie
genevoise jouira d’un monopole absolu. Et en termes de produit et de
souplesse, la balance penche clairement du côté de Swiss: cinq vols par
jour en jet (six lorsque la demande reprendra) contre deux liaisons
quotidiennes en turboprop pour Baboo. La clientèle cible aura
finalement le dernier mot.