Une segmentation qui colle enfin au marché (Edition 2012-31)

Restructuration des ventes Air France-KLM

Depuis le début de la dernière décennie, Air France-KLM n’avait rien entrepris de spectaculaire au niveau de son organigramme en Suisse. Le groupe, qui se positionnait comme «la compagnie des Romands» au lendemain de la décon-fiture de Swissair avait en fait tendance à s’endormir sur ses lauriers. Et après des années de croissance, elle fut tout simplement victime d’un réel tassement en termes de volume de trafic. 

Là, les chiffres parlent d’eux-mêmes, en tout cas pour ce qui concerne Genève Aéroport: baisse de 9% du trafic pour Air France en 2010 et légère hausse de 6% pour KLM. L’année passée, léger mieux pour Air France (plus 1%) et augmen-tation de 16% pour la compagnie hollandaise qui avait il est vrai ajouté un vol par jour sur Amsterdam. En termes de parts de marché, Air France détenait l’an dernier 5,2% du volume à Genève contre 3% à KLM. Mais au «Top 15» des prin-cipales destinations de Genève Aéroport, Paris CDG et Amsterdam, respective-ment deuxième et troisième, sont toujours sur le podium, mais loin derrière Londres. Stagnation il y avait donc, et Air France-KLM s’est décidé à prendre le taureau par les cornes.

Aujourd’hui, le groupe européen auquel il convient d’ajouter l’américaine Delta adopte une structure de proximité au niveau des ventes. En fait, son organisation est presque rigoureusement identique à celle de Swiss, avec des départements Leisure Sales et Business Sales, à la différence qu’elle n’a plus d’orientation géographique entre Genève et Zurich. Fatalement, on ne fait jamais d’omelettes sans casser des œufs. Et l’adoption de la nouvelle structure se traduit aujourd’hui
par le départ de plusieurs professionnels qui ont incarné Air France pendant des années. Des personnes qui, toutes, ont toujours cultivé jusqu’ici la fameuse proximité dont il est question aujourd’hui.

Proximité ou non, c’est le marché qui décide. Et si la segmentation d’aujourd’hui colle enfin à celui-ci, Air France, qui ne s’en cache pas d’ailleurs, continuera de se heurter à un problème majeur: l’image -extrêmement négative de son hub de Paris CDG dans l’esprit des -professionnels, des voyageurs d’affaires, des voyageurs fréquents et des touristes, satellite S4 ou non.

C’est là le plus grand défi que devra relever la nouvelle équipe en place: convaincre la clientèle que la base d’Air France est fiable et que le principal acteur de CDG dispose enfin d’une plate-forme aéroportuaire qu’il mérite. 

Dominique Sudan