Vents contraires trop forts (Edition 2012-07)

Dominique Sudan à propos d’Air Mauritius à Genève

L’IATA l’avait annoncé en fin d’année passée: les effets de la crise économique mondiale toucheront directement les airlines. Et effectivement, le début 2012 n’est guère réjouissant pour l’industrie aérienne: successivement, Spanair et Malev ont mis un terme à leurs activités. Lufthansa suivra un programme drastique de réduction des coûts. Etihad Airways a évité une chute dangereuse à Air Berlin qui traversait une période extrêmement noire. Le prix du carburant flambe et l’Union européenne en remet une couche avec sa fameuse taxe frappant les émissions de CO2. La voie est grande ouverte à un inéluctable processus de consolidation.

Les compagnies de l’océan Indien qui effectuent majoritairement des vols très long-courriers vers l’Europe restant leur principal marché émetteur, ne sont guère épargnées. Air Seychelles doit son récent salut à Etihad Airways et Air Mauritius, elle aussi victime de la crise économique, des surcoûts liés au carburant et des effets de change, prend aujourd’hui les mesures qui s’imposent. La compagnie enregistre un résultat net négatif de 3,2 millions d’euros pour le troisième trimestre de l’exercice, contre des bénéfices de 12,2 millions d’euros pour le même trimestre il y a un an. Sur les neuf premiers mois de l’exercice, la compagnie accuse un résultat net négatif de 20,9 millions d’euros. Il fallait agir et, malheureusement, la desserte de Genève sera supprimée en novembre prochain. 

Marché à yield élevé pour Air Mauritius, Genève est aussi vic-time de la concurrence accrue et de l’agressivité tarifaire de plusieurs concurrents, dont encore une fois les compagnies aériennes du Golfe Persique. Sur un plan purement national, il convient ici de souligner que les TOs basés en Suisse alémanique n’ont jamais brillé par leur soutien à la compagnie mauricienne. En proposant pour la plupart des alternatives aériennes via le Golfe, ils avaient en partie été à l’origine de l’abandon de Zurich, il y a deux ans. Et Edelweiss Air a gonflé entre-temps les rangs de la concurrence.  

Air Mauritius concentrait alors ses opérations à Genève Aéroport, avec un vol couplé au retour à Francfort durant l’été mais sans escale depuis cet hiver. Après deux bons mois d’opérations, octobre et novembre, les résultats ont faibli. Des fêtes de fin d’année mal positionnées, l’arrivée d’Emirates très actif sur l’océan Indien, la plus grande capacité offerte par d’autres transporteurs, tout est allé très vite. Et il est évident que, malgré le soutien qu’ils ont toujours accordé à Air Mauritius, les spécialistes romands ne pouvaient à eux seuls faire pencher la balance du bon côté. Tous les éléments étaient donc réunis pour que la fin de la belle histoire d’amour liant Air Mauritius à Genève soit officialisée le jour de la Saint-Valentin. Les vents contraires étaient trop forts.