Véritable gageure sur l’Atlantique Nord (Edition 2012-23)

Fly A, nouveau projet Low Cost long-courrier

Julian Cook est un homme de défis. Il y a près de neuf ans, il donnait naissance à la compagnie régionale genevoise Flybaboo, avec l’important apport financier du libanais M1 Group. Commercialisée ensuite sous le nom de Baboo, la compagnie maintint un rythme de croissance élevé en termes de personnel, de destinations et de passagers transportés. Mais la rentabilité n’a jamais été là, même si le produit était très séduisant. Cook parti de la direction opérationnelle, deux autres CEOs ont définitivement coupé les ailes de Baboo, sauvée de justesse par Darwin. Baboo devait alors être renflouée de près de 20 millions par année. M1 Group jetait l’éponge.

Aujourd’hui, Julian Cook se lance un défi autrement plus ambitieux: en s’inspirant de plusieurs exemples asiatiques, il entend créer une nouvelle airline Low Cost active en 2013 dans le long-courrier vers l’Amérique du Nord. Or, la structure du trafic sur l’Atlantique Nord s’oppose complètement à celle de l’Asie aux marchés à très forte densité: aujourd’hui, le succès sur les routes nord-atlantiques n’est que le résultat des synergies d’alliances et des multiples combinaisons tarifaires offertes aux passagers. Certes, le potentiel est là pour du point-à-point entre l’Europe et New York durant le week-end et les périodes de vacances. Mais avant de se lancer avec trois A330 à forte capacité, il convient de résoudre une équation à multiples inconnues.

Quel modèle commercial? Quelle structure de coûts? Quelle politique tarifaire face aux fluctuations du fuel vers le haut? Les tarifs articulés permettent-ils vraiment d’assurer la rentabilité d’une opération long-courrier? Comment s’imposer au départ de Paris et Londres où le marché est déjà noyauté? Quels slots et quelles routes? Quelle fiabilité au niveau opérationnel en cas de problème technique et d’irrégularités? Où trouver un partenaire aérien susceptible de «protéger» les passagers en pareil cas de figure, en partant du principe qu’aucun membre d’une alliance ne le fera? C’est précisément ce qui distingue le transport aérien régulier du segment Low Cost. Et au niveau long-courrier, les problèmes prennent vite une autre ampleur. 

Pourtant Julian Cook semble confiant et joue cartes sur tables. Il reste que le risque est énorme et que lancer une telle opération sur l’Atlantique tient de la véritable gageure. Les investisseurs potentiels suivront-ils ou méditeront-ils la phrase de Richard Brandson: «Pour devenir millionnaire dans le transport aérien, c’est simple: il faut d’abord être milliardaire.»? Si Cook réussit, chapeau.