Dominique Evéquoz: «Les pertes pourraient être colossales pour la branche!»

Les Groupements romands d’agences de voyages traversent tous une période extrêmement tendue, où il est presque question de survie.
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TRAVEL INSIDE a procédé à un sondage auprès des présidents des cinq Groupements romands d’agences de voyages. Trois questions pour autant de réponses. Un résumé est publié dans l’édition écrite de ce jour. Voici les réponses dans leur intégralité.

Remboursements: suite aux recommandations de la FSV, vos groupements ont-ils opté pour une prise de position commune face aux demandes des clients?

Olivier Emch, Genève: «Il faut ici faire une distinction entre les vols seuls et les arrangements forfaitaires. Dans le premier cas nous suivons les directives des compagnies aériennes qui, pour certaines, n’acceptent plus les remboursements. Notre mission étant de représenter les intérêts de nos clients, si nous pouvons rembourser nous le faisons sans quoi nous émettons des EMDs à faire valoir pour un voyage futur. Nous déplorons que les compagnies aériennes aient modifié leurs engagements face aux remboursements bien que nous comprenions qu’il s’agit ici pour beaucoup d’une question de survie.

Heureusement nous avons été très réactifs et dès le début des annulations nous avons immédiatement crédités nos voyageurs alors que les compagnies aériennes n’avaient encore pas changé les règles. Dans le cadre d’un arrangement forfaitaire, nous essayons de ne pas rembourser vu les recommandations de la FSV en la matière et d’inciter nos clients à reporter à une date ultérieure. Cela permettra également d’éviter et de diminuer les éventuels frais d’annulations. Dans tous les cas nous négocions avec les différents prestataires afin de représenter les intérêts de nos clients.

Nous constatons également une vraie prise de conscience des consommateurs et à bien des reprises nous avons entendu: «Heureusement que j’ai acheté mon voyage par votre intermédiaire car sur Internet j’aurais perdu du temps, de l’argent et je n’aurais pas su comment faire!». A ce propos nous avons pu assister des gens bloqués à l’étranger: ils avaient acheté les billets sur Internet et étaient livrés à eux-mêmes. Enfin, il semble que l’idée des bons voyages garantis par la Confédération et proposé par la FSV comme en France n’a malheureusement pas rencontré le soutien de nos autorités.»

David Léchot, Fribourg: «100% des membres du GAVF sont également membres de la FSV, nous suivons donc les recommandations de la Fédération.»

Dominique Evéquoz, Valais: «Nous n’avons pour l’instant adopté aucune politique commune en ce qui concerne les remboursements et nous suivons également les recommandations de la FSV en ce sens. Ce qui me semblera par contre essentiel afin de préserver les acquis de la branche sera d’être au plus près possible des attentes du client et de rembourser lorsque cela est possible bien sûr. C’est la raison pour laquelle le GVAV a encouragé ses membres à demander un crédit relais à leur banque respective»

François Nicolet, Neuchâtel & Jura: «Moi-même et le comité du GAVNAJ sommes quotidiennement en contact avec les membres et tentons d’harmoniser les remboursements. Cependant, cela dépend bien sûr du dossier en question (conditions propres au TO), des liquidités disponibles de l’agence indépendante, des directives des grands groupes (TUI, DER Touristik/Kuoni, Hotelplan) et bien sûr des recommandations de la FSV et du Conseil fédéral.»

Sandra Poget, Vaud: «Nous n’avons pour le moment pas adopté de politique commune en ce qui concerne les remboursements et suivons également les recommandations de la FSV.»

Printemps/été: quel est le niveau des annulations (ou des reports) pour ces deux saisons? A combien chiffrez-vous le manque à gagner?

Olivier Emch, Genève: «Dans le domaine du voyage d’affaire tout a été freiné début mars quand la majeure partie de nos clients Corporate ont recommandé voire interdit à leurs collaborateurs de voyager. Les annulations étaient de l’ordre de 80% alors que les nouvelles réservations ne dépassaient pas 10% du volume habituel. Nous étions donc principalement occupés à rembourser ou rapatrier des clients. Le manque à gagner a donc été conséquent et depuis, les commandes ont encore baissé. Finalement nous pouvons évaluer pour le 1er trimestre 2020 une baisse de chiffre d’affaires de l’ordre de 30 à 40%!»

David Léchot, Fribourg (ndlr: au nom de son entreprise): «Avril est un des trois plus gros mois de l’année pour Indalo. Nous avons pu reporter environ 70% des voyages soit en 2020 encore ou alors sur 2021, et je remercie nos partenaires agents de voyages d’avoir joué le jeu au maximum. Je n’arrive pas à chiffrer actuellement le manque à gagner d’avril (plus ou moins 30% bien entendu): nous devons attendre d’avoir reçu tous les frais d’annulation et/ou remboursement avant de pouvoir nous faire une idée précise.»

Dominique Evéquoz, Valais: «Suite à un mini-sondage effectué en Valais, il s’avère que 100% des réservations ayant un départ en avril et mai sont annulées ou reportées. Pour juin, juillet et août, en moyenne déjà un bon quart des dossiers est annulé ou en voie d’être reporté. Ce qui est certain, c’est que si le confinement est prolongé au-delà du 30 avril, l’été sera irrémédiablement perdu et les pertes des agences seront alors colossales. Personnellement, je suis en train de faire une étude non seulement sur la perte de chiffre d’afffaires et de rendement, mais également sur la perte de temps investi en amont pour le conseil et l’administration des dossiers, en plus du temps dévolu au report des voyages. Mais une tendance se dessine: soit la volonté d’annuler purement et simplement ses projets 2020 et d’éventuellement les reporter, mais en 2021 uniquement.»

François Nicolet, Neuchâtel & Jura: «Environ 80% d’annulations ou de reports pour le printemps et 10% pour l’été, après un rapide sondage auprès de quelques membres indépendants et grands groupes. Quant au manque à gagner, il reste confidentiel.»

Sandra Poget, Vaud: «Les réservations avec un départ en avril et mai sont annulées, mais avec tout de même des reports plus tard dans l‘année ou en 2021. Pour juin, juillet et août, les gens attendent encore de voir l’évolution, mais les réservations de juin seront probablement annulées.»

Automne/hiver 2020/21: enregistrez-vous des réservations pour ces périodes importantes? La deuxième partie de l’année peut-elle compenser l’état actuel des réservations?

Olivier Emch, Genève: «Pour l’instant, très peu de réservations sont enregistrées pour le 2e semestre de l’année. Les recommandations du Conseil fédéral sont de ne pas voyager et tout le monde attend de voir combien de temps cette période de confinement partielle durera. En l’état nous ne voyons donc pas de reprise et il nous reste qu’à espérer que d’ici fin avril la situation générale se stabilise afin de reprendre progressivement nos activités au mois de mai. Etant toujours disponibles et en relation avec nos clients, nous sentons néanmoins une volonté de voyager grandissante, que ce soit à titre privé ou par nécessité professionnelle. Mais pour répondre à votre question, les pertes enregistrées pourront difficilement être compensées dans l’année.»

David Léchot, Fribourg (ndlr: au nom de son entreprise): «Nous avions bien entendu déjà des dossiers confirmés pour la fin de l’année mais n’avons quasiment plus de nouvelles réservations. A moins d’un miracle, je ne pense pas que la deuxième partie de l’année compensera la perte. Sans être alarmiste, il faut quand même être lucide et s’attendre à passer au minimum les deux prochains mois quasiment sans aucune nouvelle réservation.»

Dominique Evéquoz, Valais: «Dans la plupart des agences du GVAV, aucune nouvelle réservation n’a été enregistrée depuis deux semaines. Pire, en ce qui nous concerne, nous avions plus de 30 offres en attente de confirmation pour l’automne/hiver, soit plus de CHF 200’000.- de chiffre d’affaires potentiel. Ces offres ont été déclinées par les clients, sauf une seule pour l’automne qui a finalement été confirmée. En aucun cas la deuxième partie de l’année ne compensera le manque à gagner actuel, d’autant plus que l’essentiel des reports se fera en 2021. Sans une aide directe à fonds perdu, je crains que la branche aura toute les peines du monde à se relever de cette crise.»

François Nicolet, Neuchâtel & Jura: «Quelques réservations seulement pour automne/hiver. Pour le moment, nous sommes encore trop dans l’émotionnel. Je doute que la deuxième partie de l’année compensera l’état actuel des réservations, toujours selon mon rapide sondage.»

Sandra Poget, Vaud: «A l’heure actuelle, les nouvelles réservations pour l’automne et l’hiver sont au point mort… Comme l’a justement dit Dominique, cela ne compensera jamais la perte de la première partie de l’année.»

(Dominique Sudan)

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