
Anaïs Weber, quel a été votre parcours avant de rejoindre l’entreprise familiale?
J’ai rejoint l’entreprise familiale très tôt après mes études obligatoires, tout en préparant mon brevet fédéral de spécialiste en marketing.
J’ai donc commencé à travailler chez Stohler Tours en parallèle de ma formation et j’y évolue depuis maintenant 15 ans, anniversaire que j’ai célébré au début du mois de mai cette année.
Avant de vous installer à l’île Maurice, vous étiez Marketing Executive au siège de Stohler. Pourquoi ce choix d’emménager à Maurice?
J’ai débuté chez Stohler Tours par une immersion dans différents départements de l’entreprise. J’ai d’abord travaillé plus d’une année au département Flight Discount avant d’évoluer dans différents services tels que le Tour Operating, Fantasia ainsi que l’agence de voyages.
Ce parcours m’a permis de comprendre l’ensemble de la chaîne du voyage, de l’aérien à la production jusqu’au contact direct avec la clientèle.
J’ai ensuite rejoint le département marketing en tant que Marketing Executive, tout en évoluant progressivement vers la fonction de Product Manager pour l’Afrique australe. Mon installation à Maurice s’est initialement faite pour des raisons personnelles. Au même moment, le poste de Product Manager pour Maurice, Rodrigues et La Réunion s’est libérée.
Étant déjà basée sur place, il était naturel que je reprenne la gestion de ces destinations en complément de mes fonctions actuelles, permettant ainsi une transition fluide pour l’entreprise.
En qualité de PM, quel est votre rôle précis et quelle est la zone géographique dont vous êtes responsable?
Je suis responsable de l’Afrique australe comprenant l’Afrique du Sud, la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe, La Zambie, le Mozambique, la Tanzanie et Zanzibar, ainsi que des îles de l’océan Indien: Maurice, Rodrigues et La Réunion.
Le rôle de Product Manager consiste à gérer l’ensemble du produit: relations avec les partenaires et prestataires, négociation des contrats, tarifs et commissions, développement de l’offre et production de brochure ainsi que le contrôle constant de la qualité des prestations proposées.
Quel est l’avantage d’être basée à Maurice, destination dont Stohler a été le pionnier en Suisse il y a plus de 40 ans?
Être basée à Maurice est un réel atout, car cela me permet d’être régulièrement sur le terrain, d’effectuer des inspections hôtelières, de découvrir les nouveautés et d’entretenir une relation de proximité avec nos partenaires. Cette présence locale nous apporte une grande réactivité ainsi qu’une excellente connaissance des produits, avec un suivi qualité constante.
La proximité géographique avec l’Afrique australe facilite également mes déplacements dans les destinations dont je suis responsable, ce qui renforce encore notre expertise et la cohérence des produits que nous proposons. D’ailleurs, j’étais encore en Afrique du Sud il y a une semaine pour participer à un travel show.
Supervisez-vous également la représentation de Stohl-Air Flight Discount à Maurice?
Je facilite le lien entre le bureau Flight Discount à Maurice et celui de Genève.
L’accueil des clients ou leur soutien sur place fait-il aussi partie de votre cahier des charges?
Je ne suis pas en charge de l’accueil quotidien des clients, qui est assuré par notre représentant local. Toutefois, il m’arrive régulièrement de rendre visite à certains voyageurs, notamment des clients VIP ou dans des situations particulières, afin d’assurer un suivi personnalisé lorsque cela est nécessaire, souvent à la demande de mes collègues.
Quels sont les principaux changements que vous observez dans l’industrie touristique mauricienne?
La demande évolue vers davantage d’expériences personnalisées et d’authenticité plutôt que vers des séjours standardisés.
On observe également une légère baisse du niveau de service comparé aux grandes années du tourisme mauricien, il y a une vingtaine d’années. L’une des raisons principales est le départ d’une partie de la main-d’œuvre mauricienne vers l’industrie des croisières et de la santé publique étrangère, qui offre souvent des opportunités financières attractives.
Cela crée aujourd’hui un manque de personnel local qualifié, obligeant les hôtels à recruter davantage de collaborateurs étrangers. Cette évolution peut parfois atténuer l’authenticité et la chaleur humaine mauricienne qui ont longtemps fait la réputation de la destination.
Cela dit, il est important de saluer le travail réalisé par plusieurs écoles, hôtels et groupes hôteliers qui ont développé leurs propres écoles et programmes de formation en hôtellerie.
Ces initiatives jouent un rôle essentiel pour former la nouvelle génération, préserver le savoir-faire local et encourager les talents à construire leur carrière dans l’industrie touristique mauricienne.
La forte concurrence que se livrent les airlines entre l’Europe et Maurice complique-t-elle la tâche d’un PM?
Oui et non. Elle rend le marché plus dynamique et nous oblige à rester très attentifs aux évolutions, à anticiper les stratégies tarifaires et à nous adapter rapidement.
Elle offre également davantage d’options pour le client. En revanche, elle complique aussi notre travail sur certains aspects.
L’île Maurice est une destination qui peut être mise en avant durant l’été européen, période idéale pour y voyager. Alors que c’est la basse saison à Maurice avec des prix hôteliers compétitifs, avec un climat hivernal sec et très agréable, autour de 24–25°C, les tarifs aériens restent souvent élevés.
Si les compagnies aériennes adaptaient davantage leurs prix à cette saisonnalité, il serait possible de proposer des packages beaucoup plus attractifs. Cela permettrait de positionner Maurice comme une véritable alternative aux étés parfois très chauds et étouffants en Europe.
Et au plan hôtelier, n’assiste-t-on pas à un léger glissement B2C dans la stratégie des hôtels?
Oui, les hôtels développent davantage la vente directe. Cela pousse les tour-opérateurs à renforcer leur valeur ajoutée, notamment par le conseil, l’expertise destination et l’accompagnement personnalisé.
Ce qui nous démarque aussi des ventes directes par les hôtels en tant que TO/broker aérien, ce sont aussi nos packages incluant les vols. On constate toutefois que la chaîne de distribution telle qu’elle existait auparavant est aujourd’hui moins respectée à l’île Maurice comparée avec d’autres destinations, ce qui est très regrettable.
Chaque acteur du secteur apporte une réelle valeur ajoutée et doit pouvoir trouver sa place. L’objectif reste que chacun puisse travailler de manière équilibrée et durable.
Dans les destinations dont nous sommes spécialistes, notre priorité est donc de maintenir un dialogue constant et transparent avec nos partenaires hôteliers.
Nous restons en contact direct avec eux afin de vérifier d’éventuelles dissonances tarifaires, notamment entre les tarifs proposés aux tour-opérateurs et ceux affichés en vente directe sur leurs sites Internet.
Ce travail commun permet d’assurer une véritable parité tarifaire et de préserver une collaboration saine et cohérente au bénéfice final du client.
Au final, quel est le profil de la clientèle de Stohler?
Il s’agit principalement d’une clientèle suisse et des pays limitrophes, fidèle, recherchant le meilleur rapport qualité/prix, la sécurité ainsi qu’un service exigeant et personnalisé. Ce sont des voyageurs qui privilégient le conseil d’experts et une organisation fiable plutôt qu’un simple achat en ligne.
(DS)








