
Au terme d’un exercice riche en défis, le président de la Fédération suisse du voyage (FSV) Martin Wittwer et la directrice Andrea Beffa tenaient à souligner l’excellente collaboration fondée sur la confiance entre la présidence, le comité, les groupes de travail et le secrétariat. La coopération demeure au centre de leurs actions: c’est ensemble que l’on poursuit l’objectif de renforcer le secteur des voyages, d’accompagner activement le changement et d’offrir aux membres une valeur ajoutée concrète.
L’heure du changement
Avant que Mireille Dartus, Office du tourisme et des congrès, et Christine Harter, chargée de la promotion, ne rappelent lors de leur message de bienvenue les multiples points forts et atouts touristiques incontournables de Strasbourg l’Européenne, destination proche et appréciée d’une grande partie de la Suisse, le président de la FSV a procédé à un rapide état des lieux.
La FSV aura 100 ans qu’elle fêtera dans deux ans. Des décennies qui n’ont pas été un long fleuve tranquille.

«Mais pour ces 100 ans, il faut être en forme. Que s’est-il passé depuis qu’Urs Bauer est devenu président en 1994? Telle est la reflexion que nous avons faite en posant les bases du futur. Il y avait par exemple la loi sur les voyages à forfait, Swissair, l’avénement du ‘dot.com’, le tsunami, la crise bancaire, les attentats, le taux plancher de l’euro, les attaques terroristes, la honte de voler chère à une certaine Greta», a rappelé Martin Wittwer en survolant ces plus de 30 ans.
Et Martin Wittwer de rappeler aussi les hauts faits de la branche, sans parler de la crise du Covid gérée de main de maître par Max Katz et André Lüthi, entre autres. Mais le recul du nombre d’agences est aussi une réalité, avec une baisse de 65% depuis 2005, la faillite de FTI et les deux grands qui ne font qu’un.
«Grâce à l’engagement sans faille de tous les acteurs, nous avons pu développer des projets importants et consolider la cohésion au sein de la branche en dépit d’un contexte difficile. Le contexte international est en effet resté instable, marqué par les conflits géopolitiques, les fluctuations monétaires, la hausse continue des prix ainsi que les incertitudes liées à l’économie mondiale et à la politique des USA. Cette situation souligne une fois encore l’importance pour notre branche de la stabilité, du réseautage et d’une représentation forte de nos intérêts.»
Les Romands aux abonnés absents
Laissant aux vestiaires son légendaire optimisme, le vice-président Stéphane Jayet n’a pas pu cacher sa vive déception en ouverture de l’AG.
«Il y a jamais eu autant de langue française lors d’une AG. Si je suis fier et heureux d’être là, je suis déçu. Alors que les nouvelles d’outre-Atlantique sont plutôt bonnes, celles d”outre-Sarine le sont beaucoup moins: nous ne sommes que 11 membres actifs romands ici à Strasbourg! En pour cent, cela fait encore plus peur. Où êtes-vous membres romands? Certes, vous avez peut-être des petites strutures, mais ce constat est inquiétant, d’autant que vous baissez déjà les bras en matière de formation. Je suis optimiste de nature mais, pour paraphraser Kennedy, ne demandez pas ce que la FSV peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour la FSV. Engagez-vous et engagez des apprentis», a martelé Stéphane Jayet face à l’auditoire, tout en remerciant chaleureusement au terme de l’AG tous les Romands présents en Alsace.
Durant la pause, d’aucuns ont applaudi les propos de Stéphane Jayet et souligné le fait que la Suisse romande ne sera plus longtemps en droit de revendiquer quatre sièges au comité de la FSV en faisant preuve d’une telle désinvolture.
Tous les points formels acceptés – cotisations inchangées
Au plan purement formel, le procès-verbal et le rapport annuel ont été acceptés, comme les finances. L’exercice écoulé s’est traduit par un bénéfice de 1967 francs, légèrement inférieur aux 2286 francs budgétés. Le budget 2025/26 prévoit des recettes de 1’416’409 francs et des charges de 1’430’919 francs. Le résultat final devrait dégager un bénéfice de 869,50 francs.
Réflexion sera faite pour 2026/27 quant au niveau de cotisations qui ne correspond plus à l’état du marché en raison du recul du nombre de membres. Mais les cotisations sont inchangées et approuvées pour 2025/26.
Engagement sur tous les fronts au sein des ressorts
Au cours de l’année écoulée, la FSV a traité un grand nombre de sujets au sein de ses différents ressorts, toujours dans le but d’offrir une réelle valeur ajoutée aux membres.
Au sein du ressort Formation et perfectionnement, Nicole Pfammater a rappelé que l’on investit de manière ciblée dans l’encouragement des apprentis afin d’assurer l’avenir à long terme. Il s’agit maintenant d’exploiter ce potentiel en attirant de nouvelles entreprises formatrices et en soutenant activement celles qui s’impliquent déjà. Surtout en Suisse romande, où la pénurie de places de formation persiste: seuls 9 apprentis ont commencé leur formation à l’été 2025, avec déjà une rupture de contrat.
Nicole Pfammatter rappelle aaussi les changements liés à la réforme, notamment les experts nouvellement formés qui attestent que des gens mettent l’accent sur la relève. Un constat qui, malheureusement ne vaut pas pour la Suisse romande. Le fait que le dialogue sur scène entre cinq jeunes professionnels présents à l’AG de Strasbourg n’ait concerné que de jeunes Alémaniques démontre-t-il une motivation presque au point mort pour la formation dans les agences romandes?

Au niveau politique également, l’exercice a été intense. André Lüthi est revenu sur deux dossiers chauds, mais qui n’avancent pas vraiment: la révision de la loi sur le CO₂ ou encore la nouvelle directive européenne sur les voyages à forfait soumise à une procédure qui s’éternise, ont largement occupé le secrétariat et le ressort Politique au cours de l’année écoulée.
Comme prévu, le président Martin Wittwer et la directrice Andrea Beffa ont rencontré mi-juillet 2025 les responsables du domaine de direction Climat de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) pour discuter de la mise en œuvre de la loi révisée sur le CO₂. La révision de la loi sur le CO₂ ainsi que l’ordonnance correspondante faisaient suite à une initiative parlementaire que l’OFEV a été chargé de mettre en œuvre. Le texte de l’ordonnance prévoyait l’obligation d’indiquer les émissions de CO₂ à partir du 1er janvier 2026, qui s’appliquerait aussi bien à toutes les compagnies aériennes relevant du droit suisse des transports aériens qu’à tous les voyagistes domiciliés en Suisse.
Concrètement, cela signifiait que les émissions de CO₂ devraient obligatoirement être indiquées dans toute offre de voyage incluant un vol au départ de la Suisse – qu’il s’agisse d’une offre personnalisée pour un client, d’une publication dans un catalogue ou d’une offre en ligne. Mais ça n’a pas de sens puisque la réciproque n’est pas valable pour les compagnies aériennes charters, sans parler du fait qu’il n’y a pas de défnition claire du calcul des émissions.
Nous avons clairement signalé à l’OFEV qu’une mise en œuvre systématique au 1er janvier 2026 n’était pas réaliste, compte tenu du court délai et faute de données suffisantes dans les systèmes de réservation. L’OFEV s’est montré ouvert à nos arguments et nous a assuré qu’il les réexaminerait avec attention et l’introduction est reportée d’un an, au 1er janvier 2027.
Pour ce qui est de la loi sur les voyages à forfait, les choses n’ont pas beaucoup évolué. Les discussions sur la directive européenne relative aux voyages à forfait traînent en longueur sans prendre de direction claire. En ce qui concerne la Suisse, on continue de nous baser sur les informations fournies par la Confédération en automne 2024, notamment sur la réponse jugée positive des conseillers fédéraux Elisabeth Baume-Schneider et Beat Jans. Actuellement, les autorités politiques recommandent clairement d’attendre et d’observer – le secteur sera impliqué.
On veut donc imposer une loi sur le CO2 sous couvert de durabilité, mais pas dans le bon sens. Tel est le constat de Sonja Laborde, en charge du groupe de travail Durabilité. Notre mission reste de sensibiliser la branche à la question du développement durable et de trouver des mesures réalisables sans freiner l’envie de voyager. Nous poursuivrons cet engagement avec détermination, sachant que la durabilité représente non seulement une responsabilité, mais également une opportunité pour l’avenir de notre secteur. Dixit Sonja Laborde.
«La notion de développement durable pour notre secteur reste stratégique et est une question de responsabilité dont l’ensemble de la branche doit se saisir en transformant ses pratiques et en s’engageant durablement dans un tourisme éthique. Cela doit faire partie du concept River of change. Cela passe par une mobilisation collective, un changement de paradigme et une volonté affirmée de bâtir un avenir où le tourisme contribue à la sauvegarde de notre planète. Ignorer cette réalité, c’est compromettre non seulement l’environnement, mais aussi la pérennité même de notre activité.» Mais pas dans le sens indiqué par la fameuse loi qui ne concernent que les acteurs suisses.
Enfin, le groupe de travail Vol s’engage avec force en faveur de conditions cadres équitables pour les membres. Des échanges constructifs et partenariaux avec les compagnies aériennes Swiss et Edelweiss permettent de discuter des préoccupations du secteur et de développer des solutions communes. Il ne s’agit pas seulement de garantir des conditions de marché équitables, mais aussi de renforcer la position de la Suisse comme hub attractif et de maintenir sa compétitivité à long terme.
La NDC (New Distribution Capability) reste un important sujet de préoccupation dans la branche, bien que cette norme de transmission des données basée sur le langage XML ait été lancée par l’IATA il y a plus de 10 ans déjà. Avec l’objectif initial de créer une offre modulaire et dynamique permettant de proposer davantage d’options aux clientes et clients. L’acceptation par la branche demeure toutefois mitigée.
Un problème majeur réside dans le fait que chaque compagnie aérienne ou groupe de compagnies aériennes poursuit sa propre stratégie. Il convient de souligner, et c’est un point positif, que les principales compagnies aériennes se sont regroupées en vue de l’introduction de la nouvelle norme «One Order». Mais sa généralisation à l’ensemble du secteur nécessitera encore plusieurs années.
Le groupe de travail s’investit pour que les agences de voyages aient accès à un maximum de contenu de toutes les compagnies aériennes. Des négociations intensives ont permis d’obtenir que toutes les offres NDC de LH Group puissent désormais être réservées via les GDS.
Construire le changement ensemble
Toutes ces initiatives montrent que le changement représente à la fois un défi et une opportunité. Nous continuerons à défendre les intérêts de nos membres avec rigueur, expertise et passion, et à façonner avec vous l’avenir de la branche suisse des voyages, rappelle Andrea Beffa.
Notre voyage commun prendra symboliquement son départ à l’assemblée générale de cette année sur la «River of Change». Afin de favoriser les échanges, nous mettrons en place deux nouveaux formats dès 2026, dont le «FSV Insight Call». Cette réunion virtuelle semestrielle aura pour but d’informer régulièrement nos membres sur les activités et projets des groupes de travail, du comité et du secrétariat, tout en offrant un espace destiné au partage de connaissance et à la discussion.
Nous lancerons également le «FSV Think Tank», un nouveau format dédié à l’échange approfondi et à la réflexion collective. Deux rencontres physiques par an réuniront un groupe ouvert de participant.es issu.es de notre cercle de membres et permettront de débattre des thématiques actuelles du secteur, d’assurer le suivi des résultats du workshop de l’assemblée générale et d’élaborer des solutions concrètes ensemble.
La digitalisation fait son entrée au comité
En vue de la future orientation stratégique de la fédération et dans le but de
réduire le comité de douze à dix personnes pour l’exercice 2026/27, le comité de la Fédération suisse du voyage (FSV) a décidé de procéder à divers ajustements dans la structure de ses domaines d’activité. Selon la FSV, ces changements visent à renforcer certains thèmes clés et à accroître l’efficacité opérationnelle.

Afin d’accorder à l’évolution technologique l’importance qu’elle mérite, le comité crée un nouveau département «Numérisation». Le poste sera occupé par Deniz Ugur (CEO de Bentour Voyages SA) élu à l’unanimité lors de l’AG de Strasbourg.
D’autre part, la FSV est arrivée à la conclusion que les ressorts Durabilité et Trafic aérien ne seront plus gérés par le comité à l’avenir. Les deux thèmes conservent toute leur importance et leur priorité actuelles, mais seront directement rattachés au secrétariat central.
Roger Geissberger, dont le mandat court jusqu’à la fin de l’exercice 2025/26, conservera la direction du groupe spécialisé Trafic aérien pendant cette année de transition et passera le relais à Andrea Beffa, du secrétariat de la FSV, en octobre 2026.
Réélue brillament à Strasbourg où sa maîtrise des dossiers a été saluée par Martin Wittwer, Sonja Laborde conserve la direction du groupe spécialisé Durabilité pendant cette année de transition, avant de transmettre son domaine d’activité à Patricia Röösli (secrétariat de la FSV) en octobre 2026. Comme l’a relevé Martin Wittwer, l’engagement de Sonja Laborde, co-présidente de TPS et présidente de TPA, est d’une grande importance, notamment pour représenter le retail de Suisse romande, fonction qu’elle assumera à partir de l’exercice 2026/27. Elle succédera ainsi à David Léchot, qui a annoncé son départ au terme de son mandat de trois ans, soit à la fin 2025/26.
Pour le ressort Politique, André Lüthi est également pour un nouveau mandat.
«Face aux nombreux dossiers politiques à venir pour l’association, le comité se réjouit de pouvoir continuer à compter sur son expérience et son engagement reconnus.» Enfin, Natalie Dové est aussi réelue pour un nouveau mandat et représentera le secteur Retail Suisse alémanique. Quant à l’organe de révision RVS à Schaffhouse, il est aussi reconduit pour un nouveau mandat.
Nicole Pfammatter tire sa révérence
Nicole Pfammatter, qui a quitté Hotelplan fin septembre après 17 ans, a décidé de ne pas se représenter pour un nouveau mandat. La FSV l’a vivement remerciée pour son grand engagement au sein du comité, notamment dans le secteur de la formation.
Birgit Sleegers reprendra en charge le cahier des charges de Nicole Pfammatter dans le domaine de la formation et du perfectionnement, deux domaines dans lesquels l’ancienne responsable d’Hotelplan Suisse s’était fortement impliquée pendant des années.
Swiss prépare aussi une ère nouvelle
En sa qualité d’oratrice, Heike Birlenbach, Chief Commercial Officer de Swiss, a aussi indiqué que la clientèle, l’image de la FSV, change ses comportements et que Swiss doit s’adapter tout en se positionnant clairement face à l’ère nouvelle dans laquelle entre l’industrie des voyages et aérienne. Le concept Swiss Senses sur lequel la compagnie a planché pendant des mois s’inscrit dans cette stratégie Premium.
Assemblée générale 2026 au Sultanat d’Oman?
Rien n’a filtré à Strasbourg sur la destination de l’AG 2026. Les détails devraient être dévoilés l’année prochaine, sans doute lors du Salon des vacances Fespo Zurich. Mais selon des rumeurs persistantes, Oman devrait accueillir la 99e AG de la FSV.
Dominique Sudan, Strasbourg








