
La reprise des hostilités à la mi-novembre entre le Cambodge et la Thaïlande autour du tracé des frontières, après un cessez-le-feu bien fragile, a des conséquences sur l’activité touristique des deux pays.
Ces dernières se font particulièrement ressentir au Cambodge, dont le nombre de visiteurs entre janvier et septembre a plongé de 8,8%. Si les arrivées par avion progressent favorablement de 22,4% à 2,1 millions, elles s’effondrent pour les arrivées par voies terrestres: -26,5%. Ce qui se traduit par 800’000 visiteurs en moins, soit un peu plus de 2,2 millions d’entrées contre 3,04 millions pour la même période de 2024. C’est là que l’on constate l’impact des frontières totalement fermées depuis le mois de juin entre les deux voisins.
De fait, la dégringolade du tourisme cambodgien date de juin et n’a fait que s’accélérer pour se retrouver à un niveau proche de celui de 2021 (en plein Covid) en septembre. Sans surprise, le premier marché touristique du Cambodge, la Thaïlande, est en recul de plus de 35% sur les 9 premiers mois. Mais est en baisse de 91% en septembre.
Sur les 10 premiers marchés émetteurs, 7 s’affichent en recul, avec un affaissement notable pour le Laos et la Corée. Le premier est affecté par la fermeture des frontières, la Thaïlande servant de pays de transit. Le second est secoué par des affaires de cybercriminalité au Cambodge qui s’est traduit par le kidnapping de plusieurs milliers de ressortissants coréens, certains étant exécutés.
L’Europe résiste – la Suisse stable
Les marchés européens résistent cependant. Le nombre d’arrivées a franchi le cap des 500’000 fin septembre, soit une hausse de 12,3% par rapport à la même période de 2024. Le chiffre des arrivées suisses est stable. Il progresse de 0,4% à 10,934 arrivées. Le marché français est plus dynamique, affichant une hausse de 9,7% et flirtant avec les 100’000 arrivées.
Nouvelle stratégie marketing
Cette situation complexe, qui, va bien au-delà de l’activité de promotion du Cambodia Tourism Board, réclame une nouvelle stratégie de communication et de marketing. C’est ce que pense Kim Minea, le directeur général du CTB. Présent au World Travel Market de Londres, il reconnait que le CTB va devoir redoubler d’efforts dans sa promotion du royaume.
«Nous menons plusieurs roadshows pour rencontrer les agences de voyages – une étape indispensable – et recueillir de nombreux retours du terrain. Mais Il faudrait revenir à quelque chose de simple et puissant, centré sur ce que le Cambodge a de plus précieux : ses habitants. Une telle campagne deviendrait profondément humaine, forte et immédiatement reconnaissable.»
Kim Minea veut également pousser des atouts sous-estimés: la gastronomie locale, encore peu connue. Tandis que la Côte mérite également un traitement spécifique: trois jours autour de Kep et de Kampot. «Il faut promouvoir le pays comme un ensemble cohérent, au-delà d’Angkor, qui reste notre icône», indique-t-il.
La Thaïlande au secours des sept provinces frontalières
Côté thaïlandais, les événements à la frontière avec le Cambodge ont moins de prise sur un tourisme, qui depuis le début de l’année donne des signes d’essoufflement. Avec 26,69 millions d’arrivées internationales en janvier et octobre 2025, la Thaïlande affiche une baisse de 7,2%.
Elle est particulièrement importante sur l’ensemble des marchés asiatiques: -14%, les marchés affichant les plus fortes chutes étant sans surprise le Cambodge (-46,5%), la Chine (-34%) et le Laos (-24%). Mais l’Europe représente le lot de consolation du Royaume. Les arrivées progressent de 14%, dépassant les 6,2 millions sur les 10 premiers mois de l’année. La Suisse n’est pas en reste. Avec 145’000 arrivées, la Confédération affiche une croissance de 6,6% sur la même période.
Cependant, ce sont les régions attenantes à la frontière qui ont le plus souffert depuis le début des hostilités. Le nombre de visiteurs internationaux est en chute de 5% pour les provinces de l’Isan (nord-est de la Thaïlande) les moins touchées, mais peuvent atteindre plus de 50% sur les provinces adjacentes aux zones de conflit.
A titre d’exemple, la province de Surin a vu le nombre de ses visiteurs étrangers chuter de 38% en juillet, de 51% en août et de 15% en septembre. Celle de Sisaket de 19%, 42% et 20% sur les mêmes mois.
Certes, ces provinces n’attirent que peu de touristes comparées aux poids lourds du tourisme en Thaïlande. Mais cette baisse a forcé le gouvernement à mettre en place un plan de relance.
Baptisé «Check-in, Fun, Wow, East X Northeast», doté d’un budget de 2 millions de francs, il propose, par le biais de l’Office de tourisme de Thaïlande TAT, de promouvoir des voyages de groupe via des opérateurs agréés dans sept provinces frontalières: Ubon Ratchathani, Sisaket, Surin, Buriram, Sa Kaeo, Chanthaburi et Trat. Avec une aide financière pour le transport et l’hébergement des visiteurs.
Luc Citrinot, Londres








