
Sur les six premiers mois, le Cambodge a enregistré en effet une baisse de 44% du nombre total de visiteurs internationaux, une performance qui rejoint les terribles années Covid pour le tourisme.
Les facteurs de cette baisse sont nombreux. Régionalement, la fermeture des frontières avec la Thaïlande suite à la guerre larvée entre les deux voisins, a stoppé net le trafic par la route des visiteurs. Or, contrairement à ce que beaucoup pensent, le tourisme routier constituait une source très importante de visiteurs. Et pas seulement locaux.
À Siem Reap, la cité près des temples d’Angkor, l’absence des touristes est évidente avec plus d’une douzaine d’hôtels fermés. La distance de l’aéroport, à 50 km de Siem Reap, et le peu de vols directs (une quinzaine par jour) rendent de fait la destination chère et peu aisée d’accès. S’ajoutent une image dégradée du Cambodge liée à la cybercriminalité et la flambée du prix des billets d’avion en raison de la guerre dans le Golfe.
Un contexte donc délicat mais qui n’enlève rien à l’optimisme qu’affiche le CTB. Avec son directeur général Kim Minea, le CBT a une équipe jeune qui multiplie les initiatives pour ranimer le tourisme. Subventions sur les billets d’avion pour les agents de voyage pour découvrir le Cambodge au cours d’un famtrip, promotion du Cambodge comme destination de golf, pour le tournage de films ou pour des évènements exceptionnels comme le marathon de Phnom Penh ou le Concert pour la Paix durant le sommet de la Francophonie.
Programme d’incitation pour TOs et agences
Le programme d’incitation destiné aux tour-opérateurs européens et aux agences réceptives (DMC) commence à porter ses fruits. Lancé au printemps, ce dispositif suscite un fort intérêt auprès des professionnels spécialisés sur la destination. Quelques 145 agents en ont déjà profité. «Les marchés européens restent pour nous une priorité car ils sont porteurs et très curieux de mieux connaître le Cambodge. On constate au contraire un ralentissement sur plusieurs marchés asiatiques», affirme Kim Minea.
La priorité est désormais de renforcer également les partenariats avec les compagnies aériennes afin de stimuler la demande et d’améliorer la connectivité, tout en poursuivant les actions de communication auprès des professionnels et des médias
Co-marketing avec Singapore Airlines et AirAsia
Le CTB estime en effet que la reprise passera avant tout par une meilleure desserte aérienne. L’organisme a ainsi lancé un programme de co-marketing avec plusieurs transporteurs, dont Singapore Airlines et AirAsia. Le principe repose sur un financement partagé: chaque dollar investi par le CTB est complété par un montant équivalent de la compagnie aérienne.
À terme, l’objectif est de créer un fonds permanent destiné à soutenir les campagnes de promotion sur les différents marchés émetteurs. Ces aides pourront accompagner l’ouverture de nouvelles lignes, l’augmentation des fréquences ou encore l’amélioration des coefficients de remplissage. «Sans connectivité aérienne, il est impossible de développer le tourisme», résume le directeur du CBT, qui souligne également que les compagnies disposent de données clients précieuses permettant de cibler plus efficacement les campagnes marketing.
Côté promotion de la destination, le Cambodge veut désormais promouvoir une offre plus complète, associant patrimoine culturel, nature, tourisme balnéaire et expériences urbaines. Si Angkor demeure la principale porte d’entrée touristique, le CTB souhaite mettre davantage en avant Phnom Penh, Kampot, Kep ou encore Battambang. La capitale cambodgienne reste encore relativement inconnue en tant que city break.
Le CTB recense actuellement une centaine de «trésors cachés» – bâtiments historiques, ateliers d’artistes, architecture moderne, cafés patrimoniaux ou quartiers créatifs – qui, mis en valeur, devraient permettre à Phnom Penh d’émerger comme une nouvelle destination urbaine en Asie du Sud-Est.
Le chantier prioritaire reste toutefois la définition d’un récit commun pour la destination. « Aujourd’hui, chacun raconte sa propre histoire du Cambodge. Nous devons construire une identité claire et partagée avant de la diffuser auprès de nos partenaires internationaux», conclut Kim Minea.
Luc Citrinot, Phnom Penh








