Penang et Langkawi freinés dans leur essor par la politique aérienne

Etude publiée par le cabinet de conseil en aviation BAA & Partners.
Penang. ©TUI Group

À l’ouest de la Péninsule de Malaisie, les îles de Penang et de Langkawi pourraient réellement concurrencer d’autres îles «resorts» d’Asie du Sud-Est telles que Bali, Phuket ou Phu Quoc que si elles se dotent de leur propre compagnie aérienne. À l’instar de Sun Phu Quoc à Phu Quoc au Vietnam ou de Bangkok Airways à Koh Samui. C’est la principale conclusion d’une étude publiée par le cabinet de conseil en aviation BAA & Partners, basé à Kuala Lumpur.

Selon ledit rapport, malgré une reprise soutenue du trafic aérien et du tourisme, les deux destinations restent trop dépendantes des décisions stratégiques prises à Kuala Lumpur par les principales compagnies aériennes du pays. Certes Penang est le second aéroport en nombre de passagers de Malaisie avec quelques 8,5 millions de passagers. Langkawi, de son côté, a un trafic qui est loin d’être négligeable, flirtant avec les 3 millions de passagers.

Mais pour BAA & Partners, ces bons résultats ne garantissent toutefois pas la croissance future des deux destinations, en raison de la trop grande dépendance de l’offre aérienne d’acteurs extérieurs aux deux îles. De fait, le cabinet de consultant souligne que l’offre aérienne est en fait influencée par des contingences et des priorités pour la desserte de Kuala Lumpur. Penang comme Langkawi s’insèrent dans un modèle qui est centré sur la capitale malaisienne.

«Chaque vol, chaque ligne et chaque décision de capacité concernant ces îles est prise par des compagnies dont la priorité est d’alimenter leur hub de Kuala Lumpur, et non de répondre aux besoins économiques de Penang ou de Langkawi», explique Linus Benjamin Bauer, fondateur de BAA & Partners.

Pour des transporteurs régionaux spécialisés

Penang est desservie par une trentaine de compagnies aériennes reliant l’île à 34 destinations internationales, avec environ 335 vols internationaux hebdomadaires. Mais cette offre dépend entièrement d’opérateurs extérieurs. À Langkawi, l’aéroport est essentiellement relié à Kuala Lumpur, à Singapour et à quelques villes chinoises par des vols saisonniers.

BAA & Partners ne recommande pas la création d’une nouvelle compagnie à bas coûts. Le cabinet préconise plutôt le développement de transporteurs régionaux spécialisés, capables d’assurer des liaisons directes toute l’année vers des marchés prioritaires.

Pour Penang, des destinations comme Kochi, Osaka, Hanoï ou Bali seraient les bienvenues. Tandis que Langkawi pourrait, de son côté, proposer des vols réguliers vers Hongkong, Shanghai ou Mumbai, ainsi que renforcer ses liaisons avec Singapour, Bangkok, la Chine et l’Inde.

Selon l’étude, un tel développement permettrait aussi de réduire la dépendance à la saisonnalité de l’offre et faire des deux îles des destinations de tourisme à l’année. C’est d’autant plus nécessaire que Penang n’est pas seulement une destination touristique importante en Malaisie. C’est aussi l’un des principaux pôles industriels d’Asie du Sud-Est, notamment dans les semi-conducteurs.

Des groupes internationaux comme Intel, AMD et Broadcom y sont implantés, faisant de l’État un maillon essentiel de la chaîne mondiale de production électronique. L’île est également spécialisée dans le tourisme médical ainsi que dans le secteur du MICE. Selon le Penang Convention and Exhibition Bureau, l’île prévoit d’accueillir 26 manifestations internationales en 2026 et 2027, chacune réunissant plus de 1000 participants.

«La question n’est pas de savoir si ces destinations attirent des voyageurs: elles le font déjà. Il s’agit désormais de leur donner les moyens de disposer d’une connectivité aérienne à la hauteur de leurs ambitions économiques et touristiques», conclut Linus Benjamin Bauer.

Luc Citrinot, Bangkok